09/07/2007
Maladie "tranquille", se manifestant à un stade très avancé, le cancer du col de l’utérus constitue un véritable problème de santé publique en Algérie. En prenant la décision d’introduire un vaccin contre cette maladie, le gouvernement s’attaque au problème à la racine. Les associations d’aide aux personnes atteintes du cancer et le corps médical applaudissent cette mesure.
Par Hayam El Hadi pour Magharebia à Alger – 09/07/2007
![]() [Hayam El Hadi] De nombreuses victimes du cancer doivent souvent parcourir des centaines de kilomètres pour atteindre un centre de soins. |
Sous la pression du corps médical, le gouvernement algérien a récemment autorisé la mise sur le marché d'un nouveau traitement préventif du cancer du col de l'utérus. L’absence de dépistage précoce et l’augmentation de la prévalence de ce type de cancer ont poussé le gouvernement algérien à inscrire ce vaccin dans le cadre d'une mesure gouvernementale.
L’Algérie devient ainsi le premier pays du Maghreb à proposer aux jeunes filles âgées de 12 et 13 ans un vaccin qui les protégera contre cette maladie à l'âge adulte.
Abdelaziz Belkhadem a annoncé cette décision lors de sa présentation du programme législatif annuel, ajoutant qu'en réponse aux demandes pressantes du corps médical, l'Algérie allait renforcer les dépistages du cancer du col de l'utérus.
Une étude menée par l'Institut National Algérien de Santé Publique (INSP) a montré qu'en 2006, près de 1 200 nouveaux cas de cancer du col de l'utérus avaient été détectés à un stade très avancé. Les chiffres de l'INSP montrent que chaque jour, quatre nouveaux cas de victimes de ce type de cancer sont enregistrés dans le pays.
Maladie silencieuse qui touche les femmes de plus 50 ans, le cancer du col de l’utérus peut mettre dix années avant d’être dépisté de manière fortuite, à l’occasion d’un examen gynécologique de routine. L’annonce de la disponibilité prochaine du vaccin a redonné de l’espoir aussi bien aux médecins qu’aux associations qui viennent en aide aux malades.
En Algérie, de nombreuses femmes victimes de ce cancer sont contraintes de parcourir des centaines de kilomètres pour bénéficier d'une chimiothérapie, et doivent solliciter l’aide financière des associations afin de faciliter leur déplacement. El Fedjr, une association nationale humanitaire d’aide aux personnes atteintes du cancer, a fait du cancer du col de l'utérus l'une de ses priorités. Ses membres accompagnent aussi bien moralement que matériellement des centaines de femmes qui luttent contre ce mal.
C’est le cas de Mme Lila Boutaya, âgée de 55 ans, mère de trois enfants et atteinte de ce type de cancer depuis cinq ans.
Pour rejoindre le Centre Pierre et Marie Curie (CPMC), l’un des plus grands centres de traitement du cancer en Algérie, elle doit faire des économies. "Certaines fois, je suis obligée de rater un rendez-vous faute de moyens financiers", explique-t-elle. Mme Boutaya, qui habite à Medea, à une cinquantaine de kilomètres d'Alger, n’a pu retenir ses larmes lorsqu’elle a appris qu’un vaccin était disponible. "Même si ce vaccin ne me sera d’aucune utilité vu l’état d’avancement de ma maladie, je pense que son introduction permettra de mettre un terme à la prolifération de ce cancer. Lorsque j’ai appris la nouvelle, j’ai pleuré. J’ai pensé que si notre génération avait été sacrifiée, celle qui nous succédera sera sauvée."
Jeune maman d’un bébé de 6 mois, Hind Bendali, femme au foyer, n’a également pas caché sa satisfaction. "Je me sens concernée, même si je ne suis pas malade. Je pense à ma fille. Elle aura une chance que nous n’avons pas eue. Elle pourra être vaccinée et pour moi, c’est un grand soulagement."
Le Professeur Kamel Bouzid, chef du service d'oncologie au Centre Pierre et Marie Curie et président de la Société Algérienne d'Oncologie, estime que l’efficacité de ce vaccin a été prouvée. Selon ses prévisions, la vaccination de 350 000 Algériennes pendant 25 ans permettra de réduire de moitié le coût de la prise en charge du cancer du col de l’utérus et d’éradiquer ce cancer en Algérie vers 2035. Le coût actuel du traitement dépasse 2,5 millions de DA par patient.
Utilisé dans plus de cinquante pays, ce vaccin, commercialisé sous le nom de GARDASIL, stoppe l'évolution de deux virus, le HPV16 et le HPV18, cause de 70 pour cent des cancers du col de l'utérus.