05/07/2007
L'organisation marocaine COCASSE a publié un rapport sur les violences faites aux enfants dans le pays, traitant de la situation actuelle, de ses causes et des solutions possibles. Elle critique le gouvernement marocain pour être trop laxiste dans la poursuite des crimes sexuels et appelle le législateur à durcir les peines.
Par Imane Belhaj pour Magharebia à Casablanca – 05/07/2007
![]() [Imane Belhaj] Des membres de l'organisation COCASSE |
L'an dernier, les violences envers les enfants ont augmenté de 50 pour cent au Maroc, selon un récent rapport publié par la Coalition Contre les Abus Sexuels sur les Enfants (COCASSE). Ce rapport conclut que près de 80 pour cent des cas de violence faite aux enfants concernent l'exploitation sexuelle, et que 75 pour cent des auteurs sont des membres de la famille de leurs victimes. La majorité des victimes d'abus sexuel sont des enfants âgés de moins de dix ans.
Khaled Cherkaoui Semmouni, coordinateur de la COCASSE et président du Centre Marocain des Droits de l'Homme, a affirmé lors d'un entretien avec Magharebia que la COCASSE, une coalition qui regroupe plus de quarante associations marocaines et étrangères, travaille à examiner les causes profondes de ces abus et est favorable à une réforme juridique visant à punir ce type de délit plus sévèrement, conformément aux normes internationales.
M. Semmouni a indiqué que ce rapport contenait des exemples anecdotiques. "Nous nous sommes basés sur les plaintes que nous avions reçues, sur ce qui est publié dans la presse et sur ce qui est présenté aux tribunaux – pour tenter d'évaluer la gravité de ce phénomène, de rechercher les moyens de lutter contre ses dangers pour nos enfants, et d'adresser nos recommandations en premier lieu au gouvernement et au parlement."
Dans son rapport, la COCASSE critique également la manière dont les victimes sont traitées lors des procès, qui provoque un traumatisme supplémentaire et une grande détresse psychologique chez les enfants. La Coalition recommande qu'un psychologue soit présent lors des procès.
Ce rapport analyse les origines de l'exploitation sexuelle. Le plus souvent, elle résulte de violations flagrantes des droits socio-économiques des enfants — le droit à des conditions de vie décentes, le droit à l'éducation, le droit à ne pas travailler, le droit de jouer — mais aussi d'un manque d'éducation sexuelle et de sensibilisation en milieu scolaire. La pauvreté apparaît comme le facteur décisif poussant les enfants à la prostitution, parmi d'autres facteurs tels que la dislocation de l'unité familiale, les mauvais traitements au sein de la famille et l'absence d'un plan d'action national définissant une stratégie de prévention de la violence envers les jeunes.
En dépit des efforts des organisations des Droits de l'Homme et de protection de l'enfance, le Maroc souffre encore de graves insuffisances judiciaires, qui permettent aux criminels sexuels d'éviter les sanctions. Des associations telles que la COCASSE poussent le gouvernement à intensifier les poursuites légales et à durcir les sanctions contre les auteurs de viols et de mauvais traitements, et appellent au respect du Code Civil marocain, en particulier de sa Section 485, qui prévoit une peine de dix à vingt ans d'emprisonnement, et d'au moins douze ans pour les auteurs de viols sur des enfants.
En réaction aux critiques des médias, les autorités marocaines ont organisé des campagnes contre le tourisme sexuel, lançant toute une série d'arrestations à Agadir, Marrakesh et Casablanca. Elles ont également arrêté un certain nombre de touristes étrangers impliqués dans des affaires de violence et de pornographie.
Néanmoins, M. Semmouni condamne la lenteur du système judiciaire à poursuivre les auteurs de tels crimes. "Nous nous sommes aperçu que la peine pour le viol d'un enfant ne dépassait pas cinq ans, quel que soit l'acte ou le sexe de l'auteur."
Ce rapport présente plusieurs exemples de cas d'abus sexuels sur des enfants, comme le cas de ce Français détenu à Marrakech, après avoir été arrêté en possession de 17 000 photos et 140 000 vidéos enregistrées sur son ordinateur personnel et qu'il destinait à des sites pornographiques. Dans ce cas, indique le rapport, "la cour d'appel a réduit la peine de quatre à deux ans de prison, puis il a bénéficié d'une amnistie qui lui a permis de quitter le pays au bout d'un an."
Le coordinateur de COCASSE explique que la législation nationale traitant des droits des enfants doit être réformée, pour la mettre en conformité avec les normes internationales des Droits de l'Homme. "La définition de ce type de crime contre des enfants reste ambiguë dans la loi marocaine, et manque de termes clairs, tels que ‘harcèlement sexuel’ ou ‘aggression sexuelle’; elle ne comporte que les termes ‘viol’, ou ‘disgrâce’ appliquées à une fille ou à une femme", a-t-il expliqué à Magharebia.
"Ce problème requiert une approche réaliste sur les institutions éducatives sur lesquelles il convient de s'appuyer pour protéger contre toute forme de violence, qu'elle soit physique ou sexuelle, au sein du système scolaire", a déclaré Latifa Fayad, présidente de l'Association Oubour des Marocains Vivant à l'Etranger, soulignant la nécessité d'apporter une aide juridique, sociale et psychologique aux victimes d'abus sexuels, considérant les effets psychologiques dévastateurs que ces crimes ont sur leurs victimes.