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Les imams algériens s’impliquent dans la lutte contre le SIDA

04/07/2007

Peu enclins jusqu’ici à s’engager dans la sensibilisation des fidèles contre les dangers du SIDA, les religieux algériens se sont finalement décidés à participer plus activement pour freiner la propagation de cette dangereuse maladie.

Par Mohand Ouali pour Magharebia à Alger – 04/07/2007

[File] Les vingt mille mosquées qui réunissent chaque vendredi des milliers de fidèles ont un devoir social et doivent s’impliquer dans la sensibilisation des citoyens, a déclaré le Ministre des Affaires Religieuses.

Rompant avec la tradition, les communautés religieuses en Algérie s'impliquent de plus en plus dans la sensibilisation au SIDA dans le pays. A cette fin, le Ministère des Affaires Religieuses a organisé lundi 2 juillet à Alger un séminaire, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) sur le rôle des leaders religieux dans la lutte contre le SIDA.

Quelque quatre-vingts imams, représentant douze pays arabes, mais aussi des Chrétiens de l'Eglise orthodoxe, participaient à cette rencontre, organisée dans le cadre du programme de l’Institution Chahama, un réseau regroupant les organisations religieuses de la région arabe impliquées dans la lutte contre le SIDA. Ce réseau avait tenu une première réunion en Egypte et la seconde s'est déroulée en Algérie, avec comme objectif d’identifier les personnalités religieuses convaincues de la nécessité de lutter contre le SIDA. Outre les responsables de culte, des sociologues, des médecins et des psychologues participaient à ces travaux.

Dans un message adressé aux participants, le Ministre des Affaires Religieuses, Bouabdellah Ghlamallah, a souligné le rôle important que doivent jouer les mosquées pour mieux sensibiliser les gens à cette maladie. "Les vingt mille mosquées qui réunissent chaque vendredi des milliers de fidèles en Algérie ont un devoir social, et doivent donc s’impliquer dans la sensibilisation des citoyens dans la lutte contre les divers fléaux, comme cela a été fait avec la menace de la grippe aviaire ou lors de la Journée Mondiale de Lutte contre le SIDA", a déclaré M. Ghlamallah. Il a ajouté que "le SIDA n'est plus un sujet tabou dans les mosquées", et a réfuté le discours de certains prêcheurs qui décrivent cette maladie comme un "châtiment divin", indiquant que les imams et les morchidates (l’équivalent féminin des imams) se rapprocheront des centres de rééducation (les prisons) pour mener des campagnes de sensibilisation en matière de prévention de la maladie.

Mohamed Laribi, directeur de recherche et responsable du projet de sensibilisation contre le SIDA au Ministère des Affaires Religieuses, a déclaré à la presse que "le discours religieux est plus persuasif et sera donc plus efficace dans la lutte contre le SIDA".

Le Directeur de l'Orientation Religieuse au Ministère des Affaires Religieuses, M. Mohamed Aïssa, a pour sa part estimé nécessaire que "le discours religieux soit constamment actualisé" pour un impact optimal, et qu’il fallait éviter de culpabiliser les personnes atteintes; il a par ailleurs appelé les parents à dispenser une éducation sexuelle à leurs enfants.

Le représentant du PNUD à Alger, Marc Destanne de Bernis, a indiqué que la priorité de l'Institution Chahama consiste à "renforcer les capacités des leaders religieux à conduire la lutte contre le SIDA par l'utilisation de méthodes de formation plus modernes". Concernant les leaders religieux, il a déclaré qu’ils ont "la capacité de faire tomber les peurs et les incompréhensions et de promouvoir à leur place compassion, solidarité et respect".

Le représentant du Ministère égyptien des Wakfs, Hussaïn Khidr, a tenu un discours appelant à plus de compassion envers les malades du SIDA, tandis que le Père Sourour, représentant du pape Chenouda III de l'Eglise copte égyptienne, a appelé à "redoubler d'efforts pour combattre ce fléau et d'accepter que les malades du SIDA vivent parmi nous sans discrimination".