18/06/2007
Dans la seconde partie de l'entretien qu'il a accordé à Magharebia, le journaliste marocain Ahmed Reda Benchemsi, qui vient de remporter le Prix de la Liberté de la Presse, parle du rôle des journalistes dans le rejet de l'extrémisme et du nouveau Code de la presse au Maroc.
Par Imane Belhaj pour Magharebia à Casablanca – 18/06/2007
![]() [Imane Belhaj] Benchemsi réfute toute relation entre l'Islam et les atrocités commises en son nom |
Le journaliste marocain Ahmed Reda Benchemsi, éditeur en chef de l'hebdomadaire francophone Tel Quel et de l'hebdomadaire arabophone Nichane, a été récemment récompensé par le Prix de la Liberté de la Presse, créé en mémoire de l'ancien journaliste libanais Samir Kassir, assassiné lors d'un attentat à la voiture piégée à Beyrouth en 2005.
Benchemsi s'est vu décerner ce prix de 15 000 euros pour son article intitulé "Le Culte de la Personnalité", publié dans Tel Quel en juillet 2006. Ce prix est décerné chaque année par la Délégation de la Commission Européenne et par la Fondation Samir Kassir.
Dans la seconde partie de son entretien, Benchemsi parle du rôle des journalistes dans le rejet de l'extrémisme et du nouveau Code de la presse au Maroc.
Magharebia: Outre une condamnation de principe, que pouvez-vous faire, en tant que journaliste musulman, pour mettre un terme à l'enlèvement de journalistes étrangers en Irak ou en Afghanistan, généralement commis au nom de la religion dans des pays déchirés par des conflits, et pour prévenir toute accusation envers l'Islam ?
Ahmed Reda Benchemsi: Tout d'abord, je ne vous parle pas ici en tant que journaliste musulman, mais simplement en tant que journaliste, hors de toute affiliation religieuse. Je suis journaliste avant tout, et le fait que je sois musulman est quelque chose de différent. Ne mélangeons pas les choses. Je suis un fervent défenseur de la laïcité, la foi est une affaire purement personnelle, qui n'a aucun lien avec les écrits. J'estime que la solidarité des journalistes marocains avec leurs collègues enlevés dans toutes les régions du monde est une attitude professionnelle, que la personne enlevée soit de confession musulmane ou non. Notre condamnation de ces opérations est totale, que les auteurs en soient musulmans ou non. La religion n'entretient aucune relation avec ce qui se produit en termes de conflits civils dans le monde, et l'Islam n'a aucune relation avec ces comportements odieux qui sont chaque jour commis en son nom. Je crois que l'extrémisme est à l'origine du problème, pas seulement dans la religion islamique, mais aussi dans les autres religions. L'extrémisme est l'apanage des esprits tordus, qu'ils soient Musulmans, Juifs ou Chrétiens. Je crois donc que tout journaliste qui défend les valeurs de la modernité et de l'ouverture, ainsi que les valeurs de l'humanisme et du droit à la liberté, rejette toute forme d'extrémisme, que ce soit dans la religion, la politique ou toute autre idéologie.
Magharebia: Que pensez-vous du nouveau Code de la presse, qui est encore à l'étude et n'a pas encore été autorisé ?
Benchemsi: Pour tout vous dire, je ne connais pas les raisons de ce retard. Mon opinion sur le Code lui-même est qu'il nous fait passer d'un -100 à un -50, je veux dire par là qu'en fin de compte, les choses demeurent en l'état. Néanmoins, ils veulent que nous l'applaudissions. Il ne nous est pas possible de nous réjouir de ce nouveau Code, même s'il réduit toutes les atteintes délétères à la liberté des journalistes. Il ne suffit pas de simplement réduire le nombre des sanctions dans ce nouveau Code pour affirmer que nous avons fait des progrès. Bien au contraire, aussi longtemps qu'il subsistera une seule atteinte injuste à la liberté, nous continuerons de rejeter ce Code, qui ne fait que nous ramener en arrière.
Magharebia: Selon vous, que manque-t-il encore à la presse marocaine ?
Benchemsi: D'une façon générale, nous manquons peut-être encore d'un certain équilibre entre courage et professionnalisme, parce que les véritables journaux professionnels sont encore une minorité au Maroc. Je crois que certains journaux fonctionnent encore selon une logique de défense de principes qui n'ont rien à voir avec la presse. Le professionnalisme demande de confirmer la véracité des informations avant de les publier, et, dans le cas de la publication d'informations erronées, il est nécessaire de s'en excuser dès que possible. C'est cela, le respect des lecteurs. Ce dénominateur commun doit exister entre tous les journalistes. Ensuite, chacun peut alors défendre le thème principal ou l'analyse qu'il souhaite, sans devoir se préoccuper de savoir si les autres sont d'accord ou non.