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L'Algérie entend défendre les droits des enfants

05/06/2007

Le taux élevé de déperdition scolaire dans les écoles publiques place les enfants algériens dans une situation sociale précaire. Nombre de ceux qui quittent prématurément l'école connaissent aussi des situations difficiles à la maison et ne sont pas socialisés pour réussir, ce qui entraîne un nombre élevé de mauvais traitements.

Par Nazim Fethi pour Magharebia à Alger – 05/06/2007

[Getty Images] Les enfants algériens qui quittent prématurément l'école tombent souvent dans la délinquance

En prélude à la Journée Mondiale de l'Enfance, le 1er juin, et en préparation à la Journée Africaine de l'Enfance, le 16 juin, le Ministère algérien de l'Emploi et de la Solidarité a publié un rapport sur la maltraitance des enfants dans le pays. Ce rapport montre qu'au cours des quatre premiers mois de 2007, la police nationale a dénombré 516 cas de violence à l'égard des enfants, dont le décès par accident, les atteintes physiques intentionnelles, la violence sexuelle, le kidnapping, le meurtre et le viol. Toujours selon ce rapport, plus des trois quarts des cas de mauvais traitement sont le fait des parents.

Près d'un demi million d'enfants sortent prématurément du système scolaire chaque année en Algérie, indique ce rapport. Bien que la loi algérienne rende l'enseignement obligatoire, de nombreux parents ne souhaitent pas que leurs enfants fréquentent l'école. De nombreux enfants qui ont quitté l'école et sont maltraités à domicile tombent dans la délinquance juvénile, qui progresse à un rythme alarmant, en milieu rural comme dans les zones urbaines. Selon les chiffres de la police judiciaire, 3 467 cas de délinquance ont été enregistrés entre janvier et avril 2007, impliquant à la fois des garçons et des filles. Selon Kheira Messaoudene, capitaine de police chargé de l'Office National de Protection de l'Enfance, la forme la plus courante de délinquance juvénile concerne les délits de vol, suivis des agressions physiques, de la destruction de biens publics et de la prostitution.

"Les enfants subissent des maltraitances à tous les niveaux, dans une société qui ne respecte pas l'enfance", affirme Abdelhak Mekki, directeur général de la Fondation pour le Développement de la Santé et de la Recherche (FOREM). Ahmad Hattache, juge à Alger, déclare que bien que l'Algérie soit signataire des nombreuses conventions internationales relatives à la protection de l'enfance et qu'elle dispose d'un arsenal de lois destinées à protéger les enfants et à les obliger à fréquenter des établissements scolaires, elles sont rarement appliquées, en particulier lorsque les parents refusent d'inscrire leurs enfants à l'école.

L'Algérie a adopté une approche en plusieurs volets pour traiter du problème de la délinquance juvénile, du niveau élevé de déscolarisation et de la mise en oeuvre inefficace des lois existantes relatives à la protection de l'enfance.

Pour tenter de lutter contre la délinquance juvénile, le gouvernement a décidé que la meilleure solution consistait à réintégrer les jeunes délinquants à l'école. Il a ainsi prévu de mettre en place un centre de recherche et de surveillance de la protection de l'enfance, placé sous la tutelle du Ministère de l'Emploi et de la Solidarité. Le secrétaire général du ministère, Abdellah Bouchenak, a annoncé que "cet observatoire permettra de recueillir des données au niveau des 48 wilayas, notamment, sur la situation de l’enfant dans la rue et de définir les aspects sociologiques, psychologiques et médicaux de la prise en charge". Il permettra "d'améliorer et de renforcer le dispositif de prise en charge de cette frange de la société, et de s’occuper d’elle d’une manière particulière".

Ce centre sera mis en place dans le cadre d'un programme élaboré en partenariat avec le Fonds des Nations-Unies pour l'Enfance (UNICEF), et comportera quatre axes principaux, dont l'un sera de formuler un plan pour l'intégration professionnelle et sociale des adolescents.

Pour tenter de réintégrer les enfants dans le système scolaire, le gouvernement a mis en place une formation professionnelle pour les élèves sortis du système. Seules 200 000 places ont été créées dans le cadre de ce programme, un chiffre bien en-deçà des 450 000 enfants à avoir arrêté leurs études l'an dernier. De plus, la fréquentation n'est pas obligatoire pour la formation professionnelle, ce qui renforce encore la difficulté qu'il y a à intégrer des élèves en grands nombres.

A l'occasion de la Journée Mondiale de l'Enfance et de la Journée Africaine de l'Enfance, le Ministère algérien de la Justice a organisé une série d'ateliers sur les droits des enfants pour les trente-six tribunaux que compte le pays. Ces ateliers, ouverts du 21 mai au 18 juin, incluent différents membres de la société civile, qui viennent partager leurs connaissances et leur expérience de la situation des enfants et sur leurs droits. Cette initiative a été qualifiée d'"encouragante" par le quotidien El Watan, dans son édition du 23 mai, mais "elle reste incompatible avec la dure réalité de l'enfance en Algérie".