30/05/2007
Dans une interview accordée à Magharebia, le rappeur marocain Bigg évoque ses racines musicales et ses opinions concernant l'importance du dialecte et de la culture marocaine.
![]() [File] Pour Bigg, les marocains doivent être fiers de leur dialecte. |
Rapper Hazeb Taoufik, plus connu sous le nom de Bigg, est en train de devenir un nom familier au Maroc. Depuis ses débuts, ses paroles pleines de fierté de son identité l’ont rendu fameux. Son authenticité est la source de son succès. Magharebia l'a rencontré récemment alors qu'il préparait le festival annuel Mawazine.
Magharebia: Bigg, tes paroles sont directes, tu es provocateur, tu critiques et tu dis la vérité sans la maquiller. Est-ce facile de vivre ainsi ?
Bigg: La vérité et rien que la vérité n’est pas toujours la bienvenue. Mais il faut bien que quelqu’un la dise. Je viens d’un milieu modeste. Je parle de mes envies et de mes soucis comme en parlerait un autre jeune. Je mets tout ça dans un cadre de rap, c’est tout. C’est la vérité d’abord et puis le style, pas le contraire. Je n’ai aucun problème avec les critiques constructives qui pousseraient à une réflexion sérieuse et sur le fond. On ne peut quand même pas me critiquer juste parce que j’écris et je chante la vérité
Magharebia: Qu’est ce que tu souhaiterais changer a travers cette vérité ?
Bigg: J’aimerais qu’on fasse plus confiance aux jeunes du Maroc. Je souhaite à travers mes chansons dire que ces jeunes connaissent bien la situation et qu’ils manquent d’opportunité de chance. Il faut leur donner cette chance au lieu de le préjuger. Qu’on rap ne veut pas dire qu’on est détaché de notre culture. On y est attaché et on est fiers d’être marocains. Au lieu de juger, il faut s’approcher, se connaître.
Magharebia: Et pourquoi le Rap et pas un autre style ? Pourquoi ne pas choisir un style typiquement marocain pour faire passer ces messages ?
Bigg: A chacun sa façon de s’exprimer. Si moi j’ai choisi le rap, un autre pourrait choisir le raï ou le malherbe, bien. L’important c’est de rester fidèle à soi-même et au message que l’on transmet. On ne va pas aussi me reprocher de chanter le rap au lieu d’un autre style quand même !
Magharebia: A part les critiques, beaucoup respectent ce que tu fais et surtout le fait que tu invites d’autres rappeurs à travailler avec toi ?
Bigg: C’est clair que ça me fait très plaisir de voir que mes efforts sont appréciés. Je reçois en effet beaucoup de bons retours de la part de mes fans. C’est ma plus grande satisfaction. Je n’ai aucun problème à chanter en duo avec d’autres chanteurs. Bien au contraire. L’idée d’intégrer d’autres voix à mon album m’a toujours intéressé. Je pense que le plus sont fusionnées les idées comme les voix et les efforts, le plus fort le message est et le plus sincère il est. C’est facile de chanter tout seul et de faire sortir l’album avec son nom et tout. Mais j’ai pensé à impliquer plus de voix et de jeunes dans mon album, après tout ce que je dis ou chante est bien l’opinion de plusieurs jeunes chanteurs que je connais et qui ont beaucoup de potentiel. Cette fusion et union a fait le charme et la force de mon album «Mgharba htal mout » (Marocains jusqu'à la mort).
Magharebia: Vous avez gagné le prix des Maghreb Music Awards dernièrement, comment vous sentez-vous par rapport a ce succès ?
Bigg: J’en suis très heureux et je dis que l’authenticité et la sincérité sont des valeurs qui paient. Mon premier album dont j’ai parlé avant a été élu meilleur album de l’année 2006 et j'ai été par la même occasion élu meilleur artiste de année. C’est très encourageant en effet.
Magharebia: Vous semblez bien évidemment pour la promotion de la Darija (dialecte marocain) et son utilisation dans les paroles des chansons ?
Bigg: Bien sûr. On s’exprime mieux avec sa langue maternelle même si on maîtrise parfaitement d’autres langues. L’utilisation de la darija brise aussi des tabous. On a l’habitude de parler de beaucoup de choses en langue française ou de les lire en arabe classique. On doit être fiers de notre dialecte. Si certains pensent que notre dialecte n’est pas bon pour l’expression, je pense que c’est une question d’habitude et de confiance en soi. Il faut être fier de ce qu’on est et être soi-même.