22/05/2007
Les résultats des récentes élections législatives en Algérie ont révélé un nouveau reflux des trois principaux partis islamistes. Les crises intestines de ces partis et le désintérêt de la population pour le discours religieux, peuvent constituer une partie de l’explication. L’autre serait qu’ils ne sont pas représentatifs de l’islamisme radical.
Par Lyes Aflou pour Magharebia à Alger -- 22/05/2007
![]() [Getty Images] Des assesseurs algériens comptent les suffrages à l'issue des élections législatives à Alger, le 17 mai. |
Le succès des principaux partis islamistes algériens s'est une nouvelle fois effrité lors des élections législatives du 17 mai, qui ne leur ont permis de gagner que 59 sièges, contre 82 en 2002 et 103 en 1997. La composante politique pour la Chambre basse de 2007 a donné sur les 389 sièges, 52 pour le MSP, 5 pour Nahdha et 3 pour El Islah.
Les divisions internes sont partiellement responsables du déclin des partis islamistes. Notamment au sein d’El-Islah dont le président charismatique, cheikh Abdellah Djabellah a été contesté par ses pairs, avant d’être écarté de la course aux élections par le Ministère de l’Intérieur au motif que le congrès devant renouveler son mandat n’ait pas été tenu. Les observateurs pensent que El Islah aurait été affaibli après que certains des plus fervents partisans de Djabellah eurent contesté son appel à boycotter ces élections.
Rabah Kebir, ex-dirigeant du Front Islamique du Salut (FIS) aujourd'hui dissous, a vécu à l'étranger depuis plusieurs années et avait récemment décidé de relancer sa carrière politique. Kebir avait appelé le public à "voter massivement lors des élections législatives pour imposer le changement, même plus tard", mais son appel était resté lettre morte. Les appels au vote n’ont pas été entendus même celui de Rabah Kébir, chef de l’exécutif du parti dissous, à l’étranger et porteur d’un nouveau projet politique, partisan de la réconciliation, qui a appelé le peuple à «voter massivement lors des élections législatives pour imposer le changement, même plus tard». Il avait même invité les électeurs et les électrices à «voter pour les candidats engagés en faveur de la politique de la réconciliation nationale ». Un cheval de bataille prôné par les trois partis en lice qui essayent de se débarrasser de discours religieux pur et dur.
Mais certains analystes estiment que l'abandon de l'Islam radical a également contribué au déclin des partis islamistes. Selon le journaliste politique Hocine Kaci, la dissolution du FIS a marqué la fin de l'Islam radical en politique, ce que les couches populaires déshéritées ont interprété comme un changement en profondeur. Des partis islamistes comme le MSP sont devenus trop étroitement associés au gouvernement dans l'esprit des gens, affirme M. Kaci, parce qu'ils ont "participé à tous les gouvernements et donc à la gestion des affaires de la cité, laquelle n’a pas donné de bons résultats".
Nadia Abdelli, enseignante d’arabe dans un lycée d’Alger, a déclaré à Magharebia qu’elle n’avait pas voté le 17 mai, estimant que les responsables politiques islamistes sont comme les autres. "Ils ne tiennent pas leurs promesses et l’assemblée a toujours été le réceptacle de discours emphatiques dès lors qu’elle n’exerce pas sa fonction de contrôle de l’exécutif."
Pour Ahmed Chekri, un ancien émigré en retraite, "ce qui se dit sur la rémunération faramineuse des députés, leur absentéisme, est tout aussi valable pour ceux d’entre eux issus des partis islamistes qui ont tendance à tremper dans les affaires".
Le MSP n'a réussi à conquérir que trois sièges à Alger et Mila, tandis que tout ce que les partis islamistes ont réussi à gagner dans d'autres wilayas a été un ou deux sièges, comme à Ghardaia, où le MSP et Nahda ont enlevé chacun un siège. Le MSP a remporté un siège à Skikda, et deux à Constantine, où Islah en a gagné un. Dans des wilayas telles que Tizi-Ouzou, Saida, Tiaret, Bejaia, Tamanrasset, El-Taref et Tissemsilt, où les partis avaient organisé plusieurs rassemblements pour encourager les électeurs à participer, les partis islamistes n'ont gagné aucun siège.
Malgré ces résultats médiocres, les responsables des partis islamistes restent optimistes.
Ait Messaoudene, conseiller auprès du dirigeant du MSP, a affirmé qu'il était trop tôt pour conclure que le mouvement islamiste "perd du terrain", expliquant que "plusieurs personnalités d’obédience islamiste se sont présentées sur des listes indépendantes ou sous la bannière de petits partis".
Fateh Rebai, le président de Al-Nahda, affirme que la diminution du nombre des sièges obtenus par les partis islamistes lors de ces législatives "ne traduit aucunement le recul de la mouvance islamiste, mais il est la résultante de la forte abstention enregistrée".