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Les Algériens minimisent les appels au boycott des élections législatives

16/05/2007

Alors que les responsables politiques algériens se préparent pour les élections législatives du 17 mai dans le pays, les services de sécurité travaillent à garantir un scrutin pacifique après les appels au boycott lancés par al-Qaïda et les groupes islamistes.

Par Lyes Aflou pour Magharebia à Alger – 16/05/2007

[Getty Images] Les autorités algériennes ont renforcé la sécurité en vue des élections

Plus de 18 millions d'Algériens sont inscrits sur les listes électorales pour les élections de jeudi 17 mai, qui permettront d'élire les 389 députés à l'Assemblée Populaire Nationale. Quelque 10 000 centres et 42 000 bureaux de vote accueilleront les électeurs le jour des élections. Des mesures de sécurité strictes ont été mises en place par garantir le bon déroulement du scrutin, après les appels au boycott de ces élections lancés par al-Qaïda et certains islamistes en exil.

Près de 15 000 policiers seront déployés dans la seule ville d'Alger, bien que des mesures de sécurité renforcées soient déjà en place depuis une semaine. A Alger, la ville la plus menacée par les attentats du fait de son statut de capitale, la police procède à des contrôles systématiques des personnes qui entrent dans la ville. Ailleurs dans le pays, des policiers sont en faction devant les bureaux de vote et veillent à ce que les véhicules en stationnement soient retirés des rues adjacentes.

Ce déploiement à grande échelle des forces de sécurité ne surprend pas les Algériens, après ce qu'ils ont connu au début des années 1990, lorsque le Groupe Islamique Armé (GIA) terrorisait le pays. Belkacem Sari, un fonctionnaire, se rappelle cette période. "Lors de l’élection présidentielle de 1995, la menace terroriste était plus franche. Les électeurs étaient sommés de ne pas se rendre aux urnes. Mais les Algériens ont défié les terroristes en participant massivement au scrutin. Cette fois-ci, si abstention il y a, ce ne sera pas parce que al-Qaïda Maghreb le souhaite, mais pour d’autres raisons, comme le désintérêt à l’égard de la politique."

Abou Moussab Abdelouadoud (alias Abdelmalek Droukdel), leader de l'Organisation al-Qaïda au Maghreb Islamique a appelé les Algériens à boycotter ces élections, qu'il a qualifiées de "comédie qui ne diffère en rien des autres comédies que connaît l'Algérie" dans un enregistrement audio envoyé lundi à al-Jazeera. "Si vous participez à ces élections, vous tremperez avec ces apostats dans un grand péché", a-t-il ajouté.

Plusieurs partis politiques mettent en doute l'efficacité de cet appel au boycott. "Nous n'avons aucune peur de cet appel, qui n'aura aucun écho", a déclaré à l'AFP Abdelmadjid Menasra, porte-parole du Mouvement pour la Société de la Paix (MSP), un parti islamiste. Il a indiqué que la campagne de son parti était axée sur "le refus de la violence et le respect de la démocratie et de l'alternance", affirmant que "cet appel est un appel terroriste et non un appel politique, les citoyens ne le suivront pas". M. Menasra estime que si les électeurs s'abstiennent, ils le feront pour d'autres raisons, comme la crainte de la fraude électorale.

Said Bouhadja, porte-parole du Front de Libération Nationale (FLN), indique que les exigences d'al-Qaïda "ne modifient en rien la stratégie de mobilisation massive des électeurs pour s'opposer aux agissements des malfaiteurs et des criminels". Il a affirmé que son parti "n'a aucune crainte; au contraire, cet appel aura exactement l'effet inverse sur les électeurs, comme cela fut le cas au lendemain des attentats du 11 avril, lorsque des milliers d'Algériens sont sortis dans la rue pour manifester contre le terrorisme et pour la réconciliation nationale".

Ahmed Benaicha, ancien dirigeant du Front Islamique du Salut (FIS), aujourd'hui disparu, a été cité par le quotidien El Khabar comme affirmant que les terroristes repentis voteront pour le Front de Libération Nationale (FLN). Selon lui, cette tentative vise à bloquer les plans des "déracinés", en référence à certaines forces politiques islamistes qui ont dénoncé l'amnistie accordée par le Président Abdelaziz Bouteflika. D'autres anciens leaders du FIS, qui ne peuvent se présenter aux élections de jeudi, sont divisés sur ce scrutin. Abbas Madani, en exil à Doha, appelle au boycott, tandis que Rabah Kebir a demandé à tous les Algériens de voter. Le quotidien Ech Chourouk a indiqué mardi 15 mai que l'ancien leader du FIS Madani Mezrague avait dénoncé les appels au boycott, demandant plutôt aux électeurs de désigner les membres honnêtes des différents partis politiques.

Les 389 sièges de l'Assemblée Populaire Nationale (APN), convoités par les 12 229 candidats, sont répartis, entre autres, en 32 sièges pour Alger (24 partis en lice), 16 pour Sétif (20 partis), 15 pour Oran (20 partis) et 14 sièges pour Tizi Ouzou (22 partis et 2 indépendants).