14/05/2007
Près de 100 000 agriculteurs marocains ont bénéficié de l'annulation de la dette envers le Crédit Agricole prononcée par le gouvernement, pour près de 3 milliards de dirhams.
Par Imane Belhaj pour Magharebia à Casablanca – 14/05/2007
![]() [Getty Images] Quelques fermiers craignent de ne pas bénéficier de l'annulation de la dette. |
Pour tenter de venir en aide aux agriculteurs frappés par la sécheresse et d'autres difficultés, le Ministère marocain de l'Agriculture a une nouvelle fois annulé la dette d'un certain nombre d'agriculteurs du pays.
Le Ministre de l'Agriculture Mohand Laenser a indiqué dans une déclaration mercredi 9 mai que la récente annulation de la dette concernait 99 582 petits exploitants confrontés à des difficultés de remboursement de leurs prêts par suite de la sécheresse et d'autres catastrophes naturelles. Ces exploitants sont choisis en fonction de critères définis par le conseil de surveillance du Crédit Agricole, qui exige que le montant total de la dette ne dépasse pas 500 000 dirhams, que les prêts n'aient pas été souscrits après 2001, et que les exploitants ne disposent d'aucune garantie ni caution adéquate.
Selon Mohammed Tougar, Directeur de la Chambre d'Agriculture de la province de Khenifra (la région la plus pauvre du Maroc, selon la dernière étude publiée par le Haut-Commissariat au Plan), "tous les exploitants agricoles de la province devraient bénéficier de cette mesure parce qu'ils sont pauvres et remplissent les conditions et critères fixés par le Ministère. Ils travaillent dans une région sans eau ni routes goudronnées. Ils sont soumis à toutes sortes de pressions matérielles et naturelles, [et] ils ont besoin de l'aide de l'Etat. Par ailleurs, la région dans son ensemble a souffert cette année de précipitations largement insuffisantes."
Yousef J., un petit exploitant de la province de Al-Shawiya qui a souscrit un prêt de 20 000 dirhams, a déclaré que ces mesures allaient au moins aider à améliorer le moral des fermiers qui ont connu une saison peu satisfaisante, avec des récoltes largement inférieures à celles de l'année précédente.
Mais tous ne sont pas d'accord. Abdullah Kh., qui ne bénéficie ni de l'annulation de la dette de cette année ni du programme de rééchelonnement de la dette mis en place l'an dernier, a déclaré à Magharebia: "J'ai contracté un prêt auprès du Crédit Agricole il y a dix ans, et je ne dispose pas de revenus suffisants pour rembourser ce prêt, qui est de 50 000 dirhams, hors intérêts. Néanmoins, je ne figure pas sur la liste de ceux qui bénéficient de l'annulation complète, alors que certains agriculteurs en meilleure situation financière que moi ont été [considérés] éligibles. Nous craignons que le même favoritisme ne se poursuive dans le cadre de cette nouvelle initiative."
Ces dernières années, l'Etat et le Crédit Agricole ont proposé différents types d'allègement de la dette, allant de l'annulation des intérêts à un rééchelonnement de la dette, voire à son annulation. Au cours des huit dernières années, ces programmes d'allègement ont bénéficié à environ 350 000 exploitants, pour un coût de plus de 7 milliards de dirhams ; 240 500 de ces exploitants ont vu leur dette totalement annulée.
La question a provoqué la colère de certains parlementaires, qui ont interrogé la semaine dernière le Ministre sur le niveau de conformité avec les critères édictés par le Ministère et utilisés lors de la sélection des bénéficiaires. Le Ministre a confirmé lors de la séance des questions au Parlement que les décisions avaient été prises sur la base d'une liste préparée par le Crédit Agricole, et que s'il devait s'avérer qu'une erreur avait été commise, l'administration s'emploierait à la corriger immédiatement, expliquant que cet exercice n'était pas destiné à encourager les agriculteurs à ne pas respecter leurs obligations.
Abdessallam Saddiki, un expert du secteur agricole, a indiqué que l'agriculture marocaine avait besoin d'une politique clairement définie, et qu'elle ne devrait pas rester l'otage des caprices de la météo. "Lorsque le temps est bon, nous avons une récolte abondante et le taux de croissance augmente, mais lorsque le temps est sec, le résultat est désastreux", a déclaré M. Saddiki. "Les agriculteurs marocains, en particulier les petits exploitants, ont donc besoin de plus d'attention et d'initiatives, destinées à les aider effectivement à améliorer ce secteur et à obtenir les résultats escomptés, autrement que par des mesures saisonnières et dictées par les circonstances", a-t-il ajouté.