29/04/2007
Un groupe de diplômés universitaires souffrant de non-voyance demandent à obtenir un emploi dans la fonction publique. Bien que le gouvernement marocain leur ait proposé des emplois dans des centres d'appel, nombre d'entre eux ont refusé de travailler dans des entreprises privées.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 29/04/2007
![]() [Sarah Touahri] De nombreux diplômés non-voyants veulent intégrer la fonction publique |
Depuis sept ans, des centaines de diplômés non-voyants chômeurs demandent à être intégrés dans la fonction publique. Titulaires de diplômes universitaires, ils demandent à pouvoir travailler dans la fonction publique, où ils bénéficieront d'un revenu stable.
Samira Ouardani, l'une de ces diplômés non-voyants, estime que l'Etat a le devoir de trouver un emploi aux personnes handicapées, où l'intégralité de leurs droits puisse leur être garantie. "Comment peut-on faire confiance au privé alors que même les gens normaux n’arrivent pas à se sentir en sécurité quand ils travaillent dans des entreprises privées ?", se demande-t-elle.
Abdelmalek Moutaki fait également peu confiance au secteur privé. Il estime que pour les handicapés, le secteur privé est trop risqué", parce que les employeurs peuvent décider de les licencier à tout moment. Pour lui et pour d'autres diplômés non-voyants, seul le secteur public peut garantir la stabilité sur le long terme, pense-t-il.
Ils ont, ainsi, multiplié les sit-in devant le Parlement et le siège du Secrétariat d’Etat chargé de la Famille, de l’Enfance et des Personnes handicapées. Récemment, le gouvernement a tenter d'apaiser la situation en offrant aux manifestants des emplois dans des centres d'appel privés à Rabat et à Casablanca.
Cette solution a été mise en avant à la suite d'une rencontre entre responsables publics et privés comprenant des représentants de centres d'appels, le Ministre de l'Emploi, et le Secrétaire d'Etat en charge de la Formation Professionnelle. A l'issue de cette réunion, il a été décidé que l'Etat supporterait les coûts de l'achat des équipements nécessaires pour permettre aux non-voyants de travailler dans les centres d'appel, et que l'Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail assurerait une formation en Braille et développerait des compétences spécifiques pour préparer les nouveaux employés à ce travail.
Mais nombre des demandeurs d'emplois non-voyants refusent cette proposition. Ils indiquent que du fait que les emplois proposés relèvent du secteur privé, elle ne répond pas à leurs demandes. Sur les 450 personnes ayant remis une pétition sur l'emploi au Secrétariat d'Etat, seules 40 ont accepté de travailler dans des centres d'appel.
Youssfi Adil, président de l’Association Marocaine des Droits des Handicapés, a déclaré à Magharebia que les non-voyants s'en tiendront à leur demande. "Il n’est pas question aujourd’hui qu’ils acceptent cette proposition en sachant que nombreuses personnes du groupe souffrant du même handicap ont déjà été intégrées dans la fonction publique", a-t-il déclaré, expliquant que 45 non-voyantes avaient été embauchées dans la fonction publique.
Yasmina Baddou, Secrétaire d'Etat à la Famille, à l'Enfance et aux Personnes Handicapées, estime toutefois que l'approche proposée par le gouvernement constitue une bonne solution. Aucune autre action n'est actuellement envisagée, a expliqué Mme Baddou, parce qu'il est impossible de trouver un emploi dans la fonction publique à chaque personne non-voyante. Le secteur privé est l'avenir des jeunes, qu'ils soient handicapés ou non, et l'accent mis actuellement par l'Etat va à la formation spécifique à l'emploi pour les jeunes et à la mise en place de partenariats avec le secteur privé, a-t-elle indiqué.