19/04/2007
Confortés dans leur confiance par l'exceptionnelle récolte de l'an dernier, de nombreux agriculteurs marocains avaient choisi de ne pas souscrire à des assurances agricoles et se tournent aujourd'hui vers l'Etat pour tenter d'obtenir une protection contre les importantes pertes de revenu liées à la sécheresse.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 19/04/2007
![]() [Sarah Touahri] Les agriculteurs marocains souffrent de la grave sécheresse. |
Une grave sécheresse combinée au manque de systèmes d'irrigation a dévasté l'agriculture du pays. Le déficit pluviométrique enregistré cette année est de l'ordre de 50 % par rapport à une année normale, et la production céréalière devrait être inférieure de moitié à celle de l'année dernière.
Abdellatif Sedrati, un céréalier, a déclaré à Magharebia qu'en dépit des pluies récentes, la récolte est certainement compromise. Sur les 170 hectares qu’il possède, 70 sont non irrigués. "Ils sont déjà perdus. Rien que pour les frais (semences, emblavement et engrais), j’ai déboursé près de 100 000 dirhams. Même les superficies irriguées, réservées en général à la culture de la betterave à sucre, ne donneront pas une bonne récolte", déclare-t-il.
La sécheresse affecte également le bétail. Abderrahim Khyati, un éleveur, affirme que la hausse des prix des aliments est au-delà de ce que peuvent supporter les éleveurs, car une botte de foin est presque deux fois plus coûteuse que l'année dernière.
Face à la détresse des agriculteurs, l’Etat a lancé un plan d’urgence visant particulièrement à aider le cheptel à faire face aux aléas climatiques. Ce plan d'action vient compléter le plan d'urgence annoncé par le gouvernement au mois de février dernier pour venir en aide aux agriculteurs. Il consistera à renforcer la protection du cheptel et à assurer l'approvisionnement normal du marché en semences pour la prochaine année agricole.
Ahmed Ouayach, président de la Fédération Marocaine de l'Agriculture, indique que la mesure est importante, mais que l'aide doit être répartie et distribuée très rapidement. Une partie des fonds budgétés assurera une indemnisation ponctuelle pour les agriculteurs assurés. Mais nombreux sont ceux qui, à l'instar de Abderrahman Masoudi, n'ont pas d'assurance. "L’année dernière a été bonne. J’ai jugé qu’il n’était pas nécessaire de souscrire une assurance contre la sécheresse", indique-t-il. Au bord du désespoir, il ne sait pas comment faire face à cette "catastrophe".
Le plan d'action du gouvernement vise également d'autres préoccupations agricoles. La mécanisation et l'accès renforcé au financement pour de telles améliorations sont deux des priorités du Ministère de l'Agriculture. Le niveau de mécanisation du Maroc est faible et les systèmes de micro-irrigation qui économisent l'eau sont rares. Le gouvernement a indiqué qu'il pourrait envisager de rembourser jusqu'à 100 pour cent des coûts liés à l'amélioration des infrastructures agricoles en matière d'irrigation et de cultures intensives, particulièrement pour les récoltes fourragères. Concernant les autres améliorations, le Ministère de l'Agriculture a promis des facilités de remboursement des prêts et annoncé que le Crédit Agricole fournira des services pour rendre le financement plus accessible. Une partie de cet effort vise la création de sociétés régionales chargées d'assurer un accompagnement pour la mise à niveau des 800 000 exploitations aujourd’hui non-éligibles aux financements bancaires.
Par ailleurs, le gouvernement marocain s'attend à ce que les importations céréalières passent à 4 millions de tonnes cette année. Un demi million de tonnes d'orge sera entièrement financé pour aider les éleveurs, et 25 pour cent des importations supplémentaires seront financés. Le gouvernement fournira une aide pour les coûts du transport de certaines céréales et de l'eau, et il a réduit les taxes sur l'orge et le maïs. Enfin, le gouvernement garantira les emplois de quelque 700 000 agriculteurs par des plans de travaux agricoles dans les zones frappées par la sécheresse.