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Les cinémas marocains ferment leurs portes

01/04/2007

L'avenir du cinéma marocain est incertain. Le nombre de salles n'a cessé de diminuer, passant de 280 en 1980 à tout juste 85 aujourd'hui, et les représentants de l'industrie cinématographique nationale cherchent à identifier les causes de cette baisse.

Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 01/04/07

[Sarah Touahri]

Le nombre de salles de cinéma n’en finit pas de diminuer depuis les années 1980. Hassan Belcadi, secrétaire général de l’Association Marocaine des Salles de Cinéma, indique qu'il est passé de 280 en 1980 à seulement 85 dans l'ensemble du pays fin 2006. M. Belcadi est lui-même propriétaire de quatre salles de cinéma à Casablanca et estime que son gagne-pain est menacé.

Plusieurs villes se retrouvent aujourd'hui sans aucune salle obscure et la capitale en compte seulement trois. Le réalisateur Fouad Souiba a déclaré à Magharebia que c'est une situation aberrante et déplorable pour Rabat: "Il faut réagir vite pour sauver ce qui peut l'être."

L'acteur Mohamed Majd déplore la fermeture des salles alors que le Maroc commence à assister à la naissance d’une nouvelle ère cinématographique. Il appelle à trouver une solution urgente pour mettre fin à ce qu'il qualifie de catastrophe, sinon il pense que l’on risque de se retrouver, dans dix ans, avec une seule salle. Les cinéastes et les exploitants des salles de cinéma ont beau essayé de tirer la sonnette d’alarme, en vain.

Le réalisateur Saad Charaïb explique que quand l’Etat a élaboré la politique du soutien de la production (3,5 millions de dollars par an), il n’a pas mis en parallèle une politique pour développer le secteur de la diffusion et de l’exploitation des salles de cinéma. Il indique qu’en 2000, le nombre annuel des spectateurs était de 13 millions. Aujourd’hui, ce chiffre est passé à cinq millions. Nombreuses sont, selon lui, les causes de cette situation. Il cite en premier lieu le piratage, qui pousse bon nombre de Marocains à bouder les salles de cinéma. Ils préfèrent acheter un film à 10 dirhams au lieu de se déplacer au cinéma et payer 30 dirhams. Certains se contentent de passer devant les salles pour savoir quels films nouveaux sont sortis.

Le critique d’art Abdel Ilah Jouhari confirme cette réalité. Il précise que le piratage n'a pas seulement frappé de plein fouet les salles de cinéma, mais l’économie en général. M. Jouhari explique que les salles de cinéma ne correspondent plus aux aspirations des cinéphiles, parce que "les propriétaires ne réfléchissent qu’à l’aspect commercial et au gain". Il indique que alors que la production cinématographique au Maroc est prospère,

(15 longs métrages par an et un grand nombre de courts métrages), le marché national est de plus en plus fermé. Il appelle le Centre Cinématographique Marocain à inciter les cinéphiles à revenir dans les salles en favorisant une culture des arts dans les écoles et les universités, en luttant contre le piratage du marché, et en encourageant la création de nouvelles salles pour des raisons non seulement commerciales, mais aussi culturelles.

Le directeur national du CCM, Noureddine Sail, estime que l’une des solutions pour stopper le phénomène de la fermeture des salles de cinéma est la création d’un fonds d’investissement qui participe à la construction de salles. "Il sera destiné à ceux qui désirent investir dans ce domaine selon les critères exigés par le public, au lieu de donner le soutien directement aux propriétaires des salles."