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Le Maroc autorise les banques commerciales à commercialiser des produits bancaires islamiques

23/03/2007

Les banques marocaines devraient pouvoir commencer dans les semaines à venir à commercialiser trois nouvelles formes de financement islamique, récemment autorisées par la Banque Centrale. Ils s'agit des produits appelés musharaka, murabaha et ijara.

Par Mawassi Lahcen pour Magharebia à Casablanca -- 23/03/07

[Mawassi Lahcen] Abdellatif Jouahri, Gouverneur de la Banque Centrale du Maroc

La Banque Centrale du Maroc avait soulevé l'idée d'autoriser des produits financiers islamiques il y a deux ans, en réponse à la multiplication des canaux bancaires illégaux qui échappaient à tout contrôle officiel. Ces dernières années, le gouvernement avait observé une montée des mouvements fondamentalistes proposant des prêts exempts d'intérêts et des formes alternatives de financement, en particulier pour le financement immobilier. L'attrait de ce type de financement réside dans le fait qu'il est censé être conforme à la Sharia islamique, qui interdit toute transaction financière porteuse d'intérêt. Mais de telles pratiques existant en-dehors de tout contrôle par les autorités financières, elles sont ouvertes à des risques de blanchiment d'argent ou de financement d'activités criminelles ou terroristes.

Lors d'une conférence de presse donnée mardi 23 mars à Rabat, le Gouverneur de la Banque Centrale du Maroc, Abdellatif Jouahri, a indiqué que les produits de financement autorisés sont une réponse à la demande de citoyens qui préfèrent mener leurs transactions sans intérêt, et qu'ils permettront d'intégrer ces citoyens dans le système financier officiel. M. Jouahri a expliqué que les trois formes approuvées sont connues dans le monde entier et sont autorisées par les grandes banques européennes et américaines sous les appellations de "leasing" (ijara), "vente à profit" (murabaha) et "joint venture" (musharaka). Il a ajouté que ces formes de financement répondent aux normes édictées par les organisations islamiques mondiales spécialisées dans ce domaine, et que le Maroc respecte.

"Nous avons choisi d'autoriser ces [produits], et décidé qu'ils… seront proposés par les banques commerciales ayant pignon sur rue, à la manière des produits financiers et bancaires traditionnels. Notre position est claire. Il n'y aura aucune banque islamique ou non islamique au Maroc. Et il n'y aura aucune discrimination entre les Marocains", a ajouté M. Jouahri.

La Banque Centrale laisse à chaque banque la liberté de choisir la manière qu'elle jugera la mieux adaptée pour commercialiser ces produits, que ce soit par le biais de ses agences traditionnelles, ou par le truchement de filiales spécialisées. Les banques commerciales marocaines pourront mettre en place leurs propres filiales spécialisées en partenariat avec des organismes bancaires étrangers.

M. Jouahri a souligné que les nouveaux produits financiers autorisés concernaient uniquement le financement, et non les dépôts. Il a indiqué que 53 pour cent des dépôts en espèces dans les banques marocaines se faisaient sous la forme de dépôts non productifs et qu'il n'y avait donc aucune raison pour les citoyens préférant conduire des transactions sans intérêt d'avoir des réserves sur les dépôts bancaires.

Dans une déclaration à Magharebia, Saadeddin Othmani, Secrétaire Général du Parti pour la Justice et le Développement, parti islamique modéré, a qualifié cette mesure de positive, car elle élargit la gamme des options de financement pour les citoyens et leur offre une plus grande liberté. "Cette mesure était attendue et nécessaire. L'économie marocaine ne pourra être compétitive si elle ne permet pas des méthodes de financement diverses et variées", a-t-il déclaré. "Nous ne pouvons être enfermés dans une seule méthode de financement. Si les pays européens et les banques européennes et américaines nous ont précédé pour autoriser des produits financiers tels que ceux-ci, je ne vois pas pourquoi les banques marocaines ont tant tardé à le faire."