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Un chanteur marocain fait connaître la culture amazighe

22/03/2007

L'artiste amazighe Yuba a parlé avec Magharebia de ses racines musicales, de sa volonté d'aborder les questions sociales dans la chanson, et de son intérêt à collaborer avec des musiciens étrangers.

[File] Yuba

Yuba est l'un des plus grands chanteurs amazighes au Maroc. Arrière petit-fils du légendaire Rais El Hussein Amzi, il a récemment sorti un second album, intitulé "Les Etoiles en Plein Jour", en langue amazighe.

Magharebia: Yuba, pouvez-vous nous raconter comment ont été vos débuts ?

Yuba: Je viens d’un milieu modeste. Je suis du Sud [d'Agadir], un Berbère bien sûr, comme l’expriment mes chansons. Mes débuts se sont faits chez moi. Quand j’étais beaucoup plus jeune, nous organisions des spectacles musicaux et de danse dans les cours des maisons du quartier. C'est là, je pense, que j'ai fait mes premiers pas dans la musique ! Des débuts comme ça, tout naturellement et en famille, c’est formidable. Il n'y avait que les femmes qui faisaient ça. Elles mettaient leurs plus beaux habits traditionnels, préparaient du thé et des cacahuètes, et soudain, le spectacle commençait. Les chants et les danses folkloriques pouvaient durer des heures. J’en garde un souvenir très lointain parce que j’étais enfant lorsque j’étais admis à rester et à profiter du spectacle.

Magharebia: Votre nouvel album est sorti il y a quelque mois, quels sont les thèmes abordés ?

Yuba: Je ne chante pas seulement l'amour, mais parle [aussi] … des problèmes qui rongent notre société. Tout le monde parle aujourd’hui de l’immigration clandestine, peu de gens ont fait des chansons là-dessus. Moi, j’aime bien aborder des sujets pareils. Je pense que la chanson est un très bon moyen pour discuter de quelques problèmes que les gens sont fatigués d’entendre à la télé. Une chanson, ça les fait réflechir de nouveau, comme si c’était un nouveau sujet. C’est ce que je voudrais faire à travers mes chansons: mieux sensibiliser les gens à certains sujets comme l’immigration clandestine, la drogue ou la perte de l’identité. De plus, dans beaucoup de régions, même si on a une télé et qu'on fait l'effort de l'allumer, on ne suit pas nécessairement les informations. Une chanson est toujours écoutée, qu’on ait la télé ou non. Avec la musique, le message passe par la voix et la langue des gens. Itran Azal, qui veut dire "les étoiles en plein jour" en amazighe, est un album qui traite de différents sujets.

Magharebia: Dans la famille, il y a d’autres artistes que vous ?

Yuba: Non, je suis le seul artiste à faire des albums. Il y a des femmes dans ma famille qui sont de vraies artistes, mais vous ne les verrez probablement jamais à la télé. Je pense que l’art déborde vraiment dans une famille marocaine et amazighe en particulier. Parfois cet art est découvert, parfois non. Mon arrière grand-père était le Rais El Hussein et il était un grand artiste de la musique amazighe traditionnelle. Il n'a jamais rien enregistré malheureusement. Mais j'espère un jour pouvoir rassembler ses oeuvres par le biais de sa fille.

Magharebia: Souhaiteriez-vous chanter avec des artistes étrangers et mixer votre musique à d'autres styles ?

Yuba: Pourquoi pas ? Je chante avec des artistes amazighes comme moi et envisage l'idée de chanter avec des chanteurs étrangers, arabes ou autres. Mon but est de conserver la musique amazighe et toute la culture qui tourne autour. Mais aussi, je souhaite donner à cette musique de l’innovation et de la modernité tout en gardant ce qu’elle a d’authentique. Il serait intéressant aussi d’écrire des chansons en berbère et en arabe, ou en berbère et dans une autre langue. Il y a aujourd’hui plusieurs musiques qui s’ouvrent à d’autres styles, alors pourquoi pas la musique amazighe ? Je suis tout à fait pour. En fait, j’ai déjà commencé cette expérience avec des chanteurs comme Anetta en Allemagne.