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Les habitants de Casablanca montent au créneau contre le terrorisme et appellent au changement

22/03/2007

Une semaine après l'attentat terroriste manqué dans un quartier de Casablanca, un certain nombre de citoyens et d'associations locales examinent les problèmes causés par cet attentat, et recherchent des solutions.

Par Hassan Benmehdi pour Magharebia à Casablanca – 22/03/07

[Hassan Benmehdi] Les habitants de Sidi Moumen se rassemblent près du site de l'attentat suicide du 11 mars pour dénoncer cette réputation faisant de ce quartier "un fief du terrorisme".

Hay Sidi Moumen, quartier populaire à moitié bidonville de Casablanca, a vu grandir la plupart des auteurs des attentats terroristes du 16 mai 2004 à Casablanca, et a été le théâtre d'un attentat suicide à la bombe le 11 mars de cette année. Ce quartier a désormais la réputation d'être un fief terroriste. Toutefois, de nombreux habitants et plusieurs associations locales sont montés au créneau pour protester contre la confusion des genres et l'amalgame. Ils exigent que le gouvernement et les organisations non gouvernementales coopèrent pour éradiquer les causes du terrorisme et protéger les citoyens contre les menaces.

Pour Driss Essetri, président de l'Association Al Walaa Sidi Moumen, il est insensé et injuste d'établir un lien entre le terrorisme et le quartier Sidi Moumen sous prétexte que les auteurs des attentats de 2003 et de 2007 y habitaient à l'époque. "Notre Hay et ses habitants sont innocents. Hay Sidi Moumen n'est pas un fief du terrorisme. La preuve en est Ahmed Faïz, le jeune propriétaire du cybercafé qui a eu le courage de déjouer l'acte terroriste du 11 mars dernier", affirme-t-il, ajoutant que les jeunes de Hay Sidi Moumen jouent un rôle très important pour le développement et l'épanouissement de leur quartier.

Plus de 50 ONG locales travaillent d'arrache-pied pour l'instauration des cultures de la tolérance, les Droits de l'Homme, la citoyenneté, la démocratie et les valeurs de la modernité et du progrès. 21 travaillent avec les jeunes du quartier. Selon Mohamed Mahfoudi, secrétaire du réseau des ONGs de Sidi Moumen, 30 millions de dirhams .sont destinés à des activités sportives, culturelles et sociales. Mais, cela reste insuffisant, explique-t-il, compte tenu des besoins énormes en matière d'éducation et d'infrastructure.

Les jeunes de Sidi Moumen se font l'écho des sentiments de Mahfoudi. "Nous souffrons d’une absence d’encadrement aussi bien de la part des ONGs que des partis politiques", déclare un jeune d'une vingtaine d'années, qui explique que l'encadrement politique, culturel et sportif reste reste faible, timide et quasiment absent. Yahia, un autre jeune qui a bien voulu apporter son témoignage, pense que l'exclusion et la discrimination sont à l'origine des maux de la société: "Notre bidonville, comme les autres d'ailleurs de la ville de Casablanca, a besoin avant tout que les responsables lui prêtent intérêt."

Ahmed Ghayet, président du Réseau Maillage, un réseau qui apporte son soutien aux projets des jeunes dans les villes de l'intérieur marocain, affirme que le "problème qui se pose souvent aux ONGs" est que " les pouvoirs publics doivent comprendre qu’elles ont besoin de leur soutien pour s’investir dans les bidonvilles et les quartiers périphériques et les aider aussi à jouer leur rôle de plaidoyer".

En fin de compte, ce sont l'emploi et les infrastructures de base qui comptent le plus pour les jeunes de Hay Sidi Moumen. Nombre d'entre eux en ont assez de la pauvreté, du chômage et d'un manque général de sécurité. Pour Abdelhak, un jeune du quartier, le problème réel est purement socio-économique: "Si certaines idées extrémistes ont pu facilement pénétrer dans notre quartier, c'est parce qu'elles ont trouvé des jeunes déçus, très pauvres et pessimistes."