07/03/2007
Les systèmes d'irrigation algériens des régions Sahariennes de Touat et de Gourara étaient restés solides depuis des siècles et avaient été témoins des nombreuses civilisations qui avaient habité les oasis de la région. Malgré tout, les effets de la modernisation ont fini par poser le problème de la désertification dans le "triangle de feu", et son héritage régional est aujourd'hui menacé d'extinction.
Texte et photos de Nazim Fethi pour Magharebia à Alger – 07/03/07
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Les régions algériennes de Touat et Gourara --qui couvrent une surface de la taille de la France (400 000 kilomètres carrés) -- font partie des régions les plus chaudes qu'il y ait sur la terre, avec des températures, pendant l'été, qui atteignent 50°. Les grands plateaux du désert sont entourés du Grand Erg Occidental, une océan de dunes de sable de plus de 2500 kms².
Les oasis disséminées sur ce vaste territoire survivent grâce aux eaux des nappes phréatiques. Ces eaux souterraines profondes viennent occasionnellement à la surface, les résidents creusant des puits dans ces coteaux aquifères et développant des réseaux souterrains pour irriguer les oasis. Cette méthode d'irrigation, appellée Foggaras, avait été créé à l'origine par les Babyloniens, les Perses et les Arabes, et est apparu dans les régions de Touat et de Gourara au 10ème siècle.
Historiquement, la distribution de l'eau par le foggaras a été déterminée en allouant à chaque propriétaire une contribution à la construction et à la maintenance du système d'irrigation. Les quotas d'eau étaient enregistrés dans des répertoires et transmis de génération en génération depuis 11 siècles.
Les conséquences de la modernisation ont menacé ce système ancestral. Alors qu'il poussait à la libéralisation de l'agriculture dans les années 90, le Gouvernement algérien a ostensiblement mis de côté des programmes anti-érosion des années 60 et 70. De nombreux fermiers avaient alors choisi de quitter les oasis et de se lancer dans l'agriculture moderne, oubliant les puits qui irriguaient les vastes étendues du désert.
Cette tendance qui amenait à une production d'échelle industrielle, particulièrement pour les céréales et les tomates, a eu un effet inverse sur les eaux régionales. "Contrairement à l'agriculture traditionnelle telle qu'elle était pratiquée dans les oasis, et qui se situait sous les plateaux, les cultures modernes sont ensemencées sur les plateaux, ce qui réduit les volumes d'eau souterraine", explique Amar Madani, qui travaille dans la gestion agricole.
![]() Le système des Foggaras distribue l'eau d'un jardin à l'autre. |
Le problème est accru par les découvertes récentes de grandes réserves pétrolières et gazeuses dans le désert. Une importante raffinerie chinoise a surgi à Gourara, et d'autres projets à grande échelle sont à l'étude dans la région, qui inclue le lac salé de Timimoune, où du gaz a été trouvé. "S'ils construisaient une usine ici, cela sonnerait le glas du tourisme et de l'agriculture dans les oasis, dit Belgacem El Hadi, guide touristique local.
Les habitants des oasis portent également une responsabilité dans le déclin des systèmes d'irrigation. Les Foggaras sont aujourd'hui en mauvais état "à cause d'un manque de maintenance", dit Bachir Kendil, résidant à Ouled Said, une oasis de Timimoune . "Les propriétaires terriens ont longtemps préféré travailler dans les commerces ou l'administration et ont choisi de confier leurs terres à des employés qui, en retour, ont oeuvré pour eux-mêmes, sur des projets d'exploitation de la zone".
En l'An 2000, le Gouvernement algérien a initié un Plan National pour le Développement Agricole (PNDA). Ce programme avait pour objectif de réhabiliter les systèmes d'irrigation, de réduire la consommation industrielle de l'eau par l'introduction de systèmes d'arrosage goutte à goutte ainsi que d'augmenter les revenus des travailleurs agricoles pour endiguer l'exode rural.
Malgré tout, les habitants des oasis, comme Blekhiri Ahmed, ignorent ce programme. "Où les fonds sont-ils allés ? Je ne l'ai jamais vu, et je n'avais jamais entendu parler de cela ! Les palmiers meurent les uns après lers autres, l'eau devient de plus en plus rare, et les gens ici se déséspèrent de pouvoir travailler de la terre."