25/02/2007
La nouvelle strategie de la sante mentale au Maroc vise a integrer les soins mentaux dans la pratique medicale. Mais le pays souffre d'une penurie de psychiatres et de professionnels specialises.
Par Sarah Touahri pour Magharebia a Rabat -- 25/02/07
![]() [Sarah Touahri] Le Ministre marocain de la Sante, Mohamed Cheikh Biadilah (au centre), participe au lancement de la nouvelle strategie de la sante mentale. |
Une nouvelle strategie de la sante mentale au Maroc doit faire face a une penurie de professionnels de la sante mentale pour sa mise en oeuvre. Cette strategie, lancee le 22 fevrier, vise a integrer les soins de sante mentale dans la pratique medicale quotidienne. Elle met egalement un terme a la pratique consistant a placer les sans-abri et les toxicomanes dans des asiles.
Jalal Toufik, responsable du plus grand hopital psychiatrique du Maroc, Arrazi, estime que cette nouvelle vision permettra au gouvernement de mettre en oeuvre un systeme de sante complet, totalement integre et efficace qui couvrira la promotion, la prevention, le traitement, la rehabilitation, les soins et la reintegration sociale. Mais cela, dit-il, necessitera la mise a disposition d'un personnel specialise en nombre suffisant agissant en faveur de ce plan et conscient de son importance.
Quelque 300 psychiatres exercent au Maroc, soit un praticien pour 100 000 habitants. En 1970, ils n'etaient que deux dans l'ensemble du pays. "Maintenant, avec une population qui n’est pas au fait de la maladie mentale qui fait appel aux méthodes traditionnelles, on a du mal à répondre à la demande. Imaginez si, demain, on a une population beaucoup plus sensibilisée, ce sera la catastrophe. C’est extrêmement peu, beaucoup moins que nos voisins algériens ou tunisiens", a declare M. Toufik a Magharebia. Il indique qu'un pays comme le Maroc a besoin de plus de professionnels et de psychiatres, de psychiatres pour enfants, de psychologues, de psychologues pour enfants et de travailleurs sociaux.
Quelques unites psychiatriaues ont deja ouvert cette annee dans les hopitaux regionaux de Laayoune, Essaouira, Taza et Casablanca. Un programme de psychiatrie infantile est actuellement en cours a Rabat.
Une enquete nationale realisee en 2003 sur la mentee mentale démontre que les troubles mentaux ne sont pas l’apanage d’une tranche ou d’une catégorie déterminée de la population. Ils touchent aussi bien les riches que les pauvres, que ceux-ci vivent en milieu urbain ou rural. On observe cependant que c’est dans la frange de la population jeune, ayant peu ou pas d’instruction et sans activité professionnelle stable, que les prévalences des troubles mentaux sont les plus importantes.
Dans cette enquete realisee par le ministere de la Sante en partenariat avec l'Organisation Mondiale de la Sante, 48,9 pour cent des personnes interrogees présentent au moins un signe relevant d’une mauvaise santé mentale, quel qu’en soit le degré de gravité, allant du simple tic nerveux ou de l’insomnie passagère, à des manifestations plus graves découlant d’un état d’anxiété plus profond ou d’une dépression. La prévalence d’un trouble psychotique sur la vie entière est de 5,6 pour cent. La consommation des drogues, quant à elle, touche une tranche de population de plus en plus jeune, et une transition de la consommation classique est soulignée, principalement du cannabis et des psychotropes, au profit d’abus d’alcool et de drogues dures injectables, au premier rang desquelles l’héroïne et la cocaïne, notamment dans les grandes villes.
Lors de la session d'ouverture de la conference nationale sur le lancement de la nouvelle stratgie de sante mentale, le Ministre de la Sante Mohamed Cheikh Biadilah a declare que les resultats de cette enquete sont conformes a ceux constates au plan international, en particulier dans des pays occidentaux tels que la France et les Etats-Unis. "Nous ne pouvons cependant pas les comparer à ceux de pays similaires pour la simple raison qu’aucune étude similaire n’a été réalisée ni en Afrique du Nord ni en Afrique subsaharienne, hormis quelques enquêtes qui ont concerné certaines villes: Alger en Algérie, Nouakchott en Mauritanie et Tananarive à Madagascar", a-t-il souligne.