26/01/2007
Trois des onze millions de mines terrestres enfouies par l'armée française durant la guerre d'indépendance sont encore enterrées le long des frontières algériennes. Les victimes de ces mines demandent qu'un statut spécial leur soit accordé par le gouvernement algérien, ainsi qu'une meilleure prise en charge médicale.
Par Lyes Aflou pour Magharebia à Alger – 26/01/07
![]() [Getty Images] Un expert de l'antidéminage dégage une mine |
Les principales revendications formulées par des associations nationales des ayant-droits lors d’un colloque de formation sur la prise en charge des victimes de mines antipersonnel organisé le 18 janvier à Alger, concernent l'instauration d'un statut particulier aux personnes victimes des mines, l'augmentation de leur pension et leur meilleure prise en charge.
Selon l'Organisation Nationale des Moudjahidines, les anciens combattants de la guerre d'indépendance, entre 1954 et 1962, près de 8 millions de mines ont été mises à jour et détruites entre 1963 et 1988 en Algérie. Ces mines avaient été déposées dans des champs, le long des routes, dans des terrains en friche, et plus généralement, dans des endroits désertiques inhabités ou dans les régions montagneuses.
"Ces mines continuent de faire des victimes, car elles ne sont pas toutes déterrées et détruites. Même au cours du déminage, elles continuent de faire des victimes dans les rangs des militaires chargées de l’opération", précise Si El Hocine Gendo, l'un des membres de cette association.
Selon le Ministre de la Solidarité et du Travail, Djamel Ould Abbes, trois des onze millions de mines déposées par l'armée française durant la guerre sont encore enterrées le long des frontières de l'Algérie.
Farouk Blidi, un habitant de Tebessa, a perdu l'usage de ses jambes après avoir sauté sur une mine dans une aire de pâturage. "Pendant que je gardais mon troupeau de moutons, j’ai marché sur un objet dur qui a instantanément explosé. Je me suis senti déchiqueté. J’ai perdu connaissance. A mon réveil à l’hôpital, je devais constater l’ampleur des dégâts: d’énormes bandages enveloppaient mes jambes. Aujourd’hui, je suis handicapé à vie et condamné à me déplacer avec des béquilles."
Lors de ce colloque, Youcef Rafai, président de l'Association de Solidarité avec les Handicapés et Victimes des Mines, a demandé au gouvernement de créer un statut spécial pour les victimes des mines, et de revaloriser leurs salaires.
Actuellement, les victimes des mines sont traitées comme les autres personnes handicapées, mais elles souhaitent bénéficier de soins spécifiques. Au moins, elles souhaitent voir révisée la loi sur les personnes handicapées, qui date de 2002.
M. Abbes a indiqué que cette rencontre marquait le début d'un programme de sensibilisation et de formation, destiné "aux populations vivant dans les zones encore polluées par les mines et aux associations des handicapés travaillant de ces zones". L'aide aux victimes des mines antipersonnel, a-t-il dit, nécessitera "la mobilisation d'importants moyens humains, financiers et matériels" pour la mise en place des structures de soin, de réadaptation fonctionnelle et de réinsertion socioprofessionnelle.