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Le programme marocain "Villes Sans Bidonvilles" avance, non sans quelques difficultés

20/12/2006

En 2004, le Maroc a commencé à supprimer les baraques situées dans les banlieues des villes. Le projet Villes Sans Bidonvilles affiche déjà des résultats impressionnants -- en particulier dans la ville de Meknès. Mais des problèmes subsistent, tels que la rapide prolifération de nouveaux bidonvilles et un manque de pouvoir des autorités pour gérer ce projet à grande échelle.

Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat -- 20/12/06

[Sarah Touahri] Quelques habitants du bidonville de Douar El Kora à Rabat attendent avec impatience de bénéficier d’un logement décent dans le cadre du programme Villes Sans Bidonvilles.

Le programme marocain Villes Sans Bidonvilles avance, mais non sans quelques difficultés. Mohamed Najib Halimi, directeur de l’habitat social, estime que le niveau de destruction des baraques ne répond pas à celui des réalisations. Certaines personnes refusent le principe du déménagement et réclament la gratuité. D’autres demandent la baisse de leur contribution financière. Il existe une nette différence entre les régions en termes d’appui et de suivi du programme.

Ce programme qui a débuté en 2004 concerne, à l’heure actuelle, 82 villes abritant 277 000 familles bénéficiaires. Son coût est évalué, selon le ministère du Logement, à 20,4 milliards de dirhams.

Le rythme de destruction des baraques est passé de 5 000 par an au début du lancement du programme à 25 000. Selon M. Halimi, l'objectif est de pouvoir arriver à la destruction de 50 000 baraques chaque année. "Ceci ne peut se réaliser sans le renforcement du contrôle et l’application sévère des sanctions à l’égard de tous ceux qui enfreignent la loi. Certaines villes ont pu atteindre les objectifs tracés comme Souira, Fquih Ben Saleh, Fnidek et Béni Mellal. Bon nombre d’autres villes nécessitent de doubler le rythme pour qu’elles soient prêtes dans les délais escomptés", a-t-il indiqué.

Meknès est en passe d’être déclarée "première ville sans bidonvilles" du royaume dans le courant de 2007. Et si la plupart des autres agglomérations ciblées ont réaffirmé leur engagement de faire de même à l’horizon 2008, l'échéance pour Casablanca a été repoussée à 2012, indique l'architecte Kamal Idrissi.

Casablanca est un bon exemple du rythme actuel d'avancement -- 64 000 familles vivent dans des bidonvilles, mais jusqu'à présent, seuls 5 900 logements ont été construits, 4 000 baraques démolies, et 11 300 logements sont en cours de chantier.

"Comment expliquer qu’à proximité des baraques détruites, de nouveaux bidonvilles jaillissent aussitôt du néant comme des champignons ?", s'interroge M. Idrissi. Il affirme que le problème est que certains bidonvilles, une fois résorbés, ne tardent pas à voir le jour dans d¹autres endroits. Parfois dans la même commune et souvent avec des bénéficiaires qui s¹inscrivent de nouveau en tant que demandeurs de logement décent.

M. Halimi explique que les unités réalisées pour le relogement n’ont pas pu faire diminuer le nombre des familles habitant dans des bidonvilles. Certes, le taux d’accroissement annuel des familles habitant dans les bidonvilles est passé à 2,1 pour cent en 2004 au lieu de 4,6 pour cent en 1994. Mais, le nombre des familles bidonvilloises augmente. En 1982, 158 000 familles étaient concernées. En 1994, ce chiffre est passé à 230 000.

Selon le ministère marocain du Logement, ce programme s’appuie essentiellement sur les ressources du Fonds de solidarité pour le logement. Les dépenses de ce fonds se divisent sur les différentes composantes du programme de résorption des bidonvilles et sur d’autres programmes sociaux comme les centres ruraux en voie de développement.

Mohamed Najib Halimi appelle les acteurs au niveau régional et local à appuyer le programme et activer le mécanisme de suivi. Les efforts doivent être orientés en premier lieu sur les villes qui connaissent une grande pression, comme Casablanca et la Région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër.

L’ingénieur en génie civil Mohamed Tehoura déclare que les mesures prises dans le cadre de ce programme sont louables. Mais il se dit inquiet de futurs problèmes potentiels "comme la délinquance des jeunes dans ces quartiers, à l’instar de ce qui s’est passé en France".