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Le Maroc manque de ressources dans le traitement de l'insuffisance rénale

14/12/2006

Des milliers de nouveaux cas de maladies du rein sont diagnostiquées chaque année au Maroc. Mais en raison de ressources médicales limitées dans le pays, de nombreux malades n'obtiennent pas les soins qui leur seraient nécessaires.

Par Sarah Touarhi pour Magharebia à Rabat -- 14/12/06

[Sarah Touarhi]Les hôpitaux publics n’accueillent qu’une partie des insuffisants rénaux.

Chaque année, ce sont quelques 4000 nouveaux cas d'insuffisance ou de maladie rénale qui apparaissent au Maroc. L'infrastructure médicale faible du pays, le manque de médecins et les protocoles de suivi des malades posent un sérieux problème dans le traitement des affections du rein.

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, le taux de décès annuel directement lié aux maladies intrinsèques du rein et du tube urinaire était, en 2002, d'un million de personnes à travers le monde. Selon le Kidney International, journal officiel de la Société Internationale de Néphrologie, plus d'un million de personnes sur la planète sont aujourd'hui sous dialyse mais bien vivants, un chiffre qui devrait doubler au cours des dix prochaines années.

Une prise en charge rapide améliore le taux de réussite du traitement, mais beaucoup de personnes ne parviennent pas à se faire soigner avant que la maladie ne soit déjà dans ses phases terminales. "La majorité des patients est démunie et ne dispose pas d’une assurance maladie. Chaque jour, j’apprends la mort d’un insuffisant rénal qui ne suivait pas de traitement faute de moyens. Les centres d’hémodialyse ont une capacité d’accueil limitée ", explique Abdelilah El Kabbaj, vice-président de l’association marocaine des insuffisants rénaux.

Selon le néphrologue Amale Bourquia, la majorité des patients ne prennent pas conscience de la nécessité du traitement qu’une fois arrivé au stade terminal et qu’elle se voit ainsi contrainte de subir les séances périodiques d’hémodialyse.

Depuis plus d’un an, le ministère de la santé a initié un registre national de l’insuffisance rénale chronique terminale. Une enquête réalisée en avril 2005 a permis de déceler une grande insuffisance en matériel et en ressources humaines.

114 centres d’hémodialyse seulement existent au Maroc. Il s’agit de 12 universitaires, 37 publics, 9 semi-publics, 71 privés et 2 militaires. 131 néphrologues, 665 infirmiers et 373 aides-soignants y travaillent.

Selon le Ministère de la Santé, 4845 seulement des patients sont pris en charge actuellement en hémodialyse soit une prévalence de 162 par million d’habitants (pmh). Abdelilah El Kebbaj signale que le Maroc se situe loin derrière beaucoup de pays comme la Tunisie (570pmh), l’Egypte (340 pmh) et les Etats-Unis (1160 pmh) dans le domaine de la prise en charge.

El Kebbaj déclare que ce sont les malades à revenus limités qui paient le plus lourd tribut à la maladie. Le prix d’une seule séance au privé est de 600 à 800 dirhams says those on limited incomes are the hardest hit. Un malade recquiert deux à trois séances par semaine, ainsi que des médicaments. Grâce à la solidarité de leur entourage, quelques insuffisants rénaux arrivent à recueillir le montant nécessaire pour leurs séances de dialyse dans les hôpitaux privés.

Mais, ce n’est pas une solution, estime Abdelilah El Kebbaj. Pour lui, seule l’entrée en vigueur du régime d’assistance médicale aux économiquement démunis peut sauver les patients. Anas Farrane, insuffisant rénal depuis deux ans, déclare : " Ma famille ne peut plus me fournir pendant longtemps les frais de la dialyse. 5000 dirhams est la somme qui m’est nécessaire pour survivre alors que je suis au chômage.

Amal Bourquia pense que la transplantation constitue l’unique meilleure solution : " la transplantation s’impose d’elle-même en tant qu’alternative qui représente la méthode de choix du traitement de l’insuffisance rénale chronique, tant au niveau des résultats de la survie que de la qualité de vie. "

Au Maroc, les praticiens ne font que la greffe de rein et celle de la cornée. Au centre universitaire hospitalier de Rabat, on a réalisé 51 opérations de greffes de rein et au centre universitaire hospitalier de Casablanca, on compte 45 greffes de rein. Malgré tout, il existe des entraves légales pour éviter le développement des transplantations au Maroc, entraves motivées par la crainte que les greffons ne deviennent l'objet de trafic, comme c'est le cas en Inde ou au Brésil.

Ainsi, on ne peut faire une greffe de rein qu’à partir d’un donneur vivant qui doit avoir un lien familial avec le patient, y-compris le conjoint. L'organe ne doitpas faore l'objet d'une tractation financière et la renonciation du donneur à l'organe doit se faire devant la cour de Justice.