08/12/2006
Une étude sur les pratiques religieuses des Marocains sera publiée en février 2007. Magharebia a obtenu un premier aperçu exclusif de ces résultats, qui montrent une réduction du rôle des institutions religieuses et une influence croissante des médias dans la formation du savoir religieux.
Par Imrane Binoual pour Magharebia à Casablanca – 08/12/06
![]() [Getty Images] De plus en plus de Marocains préfèrent prier seuls qu'en groupes. |
Une enquête à paraître prochainement sur les pratiques religieuses au Maroc montre que la majorité des Marocains préfèrent prier seuls et utilisent les médias audiovisuels et l'internet pour les informations sur leur religion, selon ce qu'a pu constater Magharebia à la lecture de ces résultats.
Selon cette étude, le rôle des institutions traditionnelles d'apprentissage religieux est en recul.
Les résultats de cette enquête, qui sera rendue publique en février 2007, sont le résultat de trois mois d'enquête commanditée par la revue Prologues et par la Fondation du Roi Abdelaziz pour les études islamiques et les sciences humaines. Cette enquête comportait 135 questions posées à un échantillon de 1250 personnes de différents groupes d'âges et origine sociale. Ces questions couvraient toutes les formes de pratique religieuse au sein de la société marocaine, chez les hommes, les femmes, les jeunes, les personnes âgées, les citadins et les habitants des zones rurales.
Les résultats montrent l'évolution des pratiques religieuses des Marocains. Près de 65 pour cent des personnes interrogées font leur prière régulièrement, et un nombre important de Marocains pratiquent leur religion de manière individuelle, et non collective. En ce qui concerne les sources des connaissances religieuses, l’enquête démontre le rôle de plus en plus prépondérant des chaînes paraboliques, des médias audiovisuels en général, des cassettes et de l’internet. Ces canaux sont devenus des sources essentielles, en lieu et place des sources écrites traditionnelles, pour 85 pour cent des personnes interrogées.
L’enquête relève aussi la régression du rôle des institutions d’encadrement religieux dans l’acquisition des connaissances religieuses. Ainsi, les institutions d’encadrement religieux comme la famille, la mosquée, l’école, les confréries, etc., n’ont plus le même rôle qu’elles avaient auparavant dans l’encadrement religieux des Marocains.
En ce qui concerne le statut de la femme, l’enquête rend compte du rôle de plus en plus important de la femme dans le champ religieux.
"Ce travail de sociologie religieuse a été élaboré dans les règles de l’art", note Mohamed Sghir Janjar, rédacteur en chef de Prologues et directeur adjoint de la Fondation du Roi Abdelaziz pour les études islamiques et les sciences humaines. Selon lui, "les buts de l'enquête comme les objectifs de la revue Prologues sont purement scientifiques et visent une meilleure connaissance de la société marocaine. Nous souhaitons que ce travail serve à développer la sociologie religieuse et les sciences sociales en général dans notre pays."
Cette étude a été réalisée par trois chercheurs marocains -- le sociologue Mohamed El Eyadi, le politologue Mohamed Tozy et l'anthropologue Hassan Rachik -- aidés par une équipe d'enquêteurs .
La réalisation de l’enquête a démarré il y a trois mois et les données collectées sont en phase de dépouillement. Les résultats comprennent plus de 5 000 pages de statistiques. "Nous allons publier dans un livre, en arabe et en français, une partie des résultats de cette enquête", a indiqué M. Janjar à Magharebia. "Cette publication sera accompagnée d’une introduction au sujet de la sociologie de la religion au Maroc, d’une analyse sur les jeunes et l’exercice spirituel. Une autre analyse portera sur la femme et la religion, alors qu’un dernier chapitre sera consacré aux valeurs, aux pratiques et aux comportements religieux", a-t-il ajouté.