03/12/2006
L'auteur marocain Loubna Hanna Skalli a récemment publié un livre intitulé "A Travers un Prisme Local: Sexe, Mondialisation et Identité dans les Magazines Féminins Marocains". Elle y aborde les questions de l'égalité entre les sexes, de la pauvreté et de la mondialisation. Elle a parlé de ses recherches à Magharebia.
Par Farah Kinani pour Magharebia à Washington
![]() [File] L'auteur marocain Loubna Hanna Skalli parle d'égalité entre les sexes, de développement et des médias arabes. |
Loubna Hanna Skalli a récemment publié A Travers un Prisme Local: Sexe, Mondialisation et Identité dans les Magazines Féminins Marocains. Elle y parle d'égalité entre les sexes, de pauvreté et des effets de la mondialisation sur les sociétés arabes et musulmanes. L'auteur marocain a parlé à Magharebia de son livre et de sa vie aux Etats-Unis.
Magharebia: Qu'est-ce qui vous a décidé à écrire Prisme Local ?
Loubna Hanna Skalli: Cette idée est née de plusieurs évolutions et observations. La première a été le changement du paysage médiatique du Maroc vers le milieu des années 1990. Avant mon départ pour les Etats-Unis pour mon doctorat, j'avais observé une nouvelle liberté de la presse au Maroc.
Il semblait y avoir une nouvelle ère du journalisme, avec de nouvelles publications pour les femmes (Femmes du Maroc et Citadine). Elles ressemblaient aux publications occidentales (Femmes Actuelles, Cosmopolitan, etc.), traitant de sujets variés avec liberté et audace.
On y parlait de sexualité féminine, de ménages dirigés par des femmes, de migrations féminines, et pour la première fois, on y mettait en valeur les costumes traditionnels marocains.
Les magazines (féminins) antérieurs avaient disparu du fait de la censure et d'une mauvaise situation financière. Les nouveaux combinaient féminisme et intérêts des consommatrices, et gagnaient une nouvelle liberté en abordant des sujets tabous.
Cela fait référence à un autre point: l'impact de la mondialisation sur les cultures locales et sur les rôles des sexes. Durant la seconde moitié des années 1990, "mondialisation" était un mot très en vogue. Il y avait, et il y a encore, la crainte de perdre les traditions locales face à l'influence du monde.
Mais il n'y avait rien pour parler de la manière dont des gens ordinaires, dans des endroits comme le Maroc, vivaient la mondialisation.
Pour mon livre, j'ai interrogé des journalistes, des lectrices et des consommatrices marocaines.
Magharebia: Qui votre livre cible-t-il ?
Skalli: Il est destiné aux personnes que les dimensions sexuelles et culturelles de la mondialisation intéressent. Il aborde la production et la consommation des magazines féminins et analyse le contexte dans lequel ils sont apparus, y compris les changements intervenus au Maroc depuis le milieu des années 1980. Ce livre explique l'évolution du journalisme féminin au Maroc et compare les magazines féminins.
Magharebia: Est-ce un livre sur la société marocaine ou arabe ?
Skalli: Mon livre s'intéresse à la société marocaine. Toutefois, je parle d'autres religions, au Moyen Orient et en Amérique Latine.
Magharebia: Les magazines féminins marocains sont critiqués pour leur élitisme et leur penchant à s'intéresser aux citadines. Comment parlez-vous aux femmes des milieux ruraux, étant donné que vos recherches s'intéressent à ces magazines ?
Skalli: Les pays dans lesquels l'illétrisme est élevé ne peuvent que produire des magazines élitistes. Cela ne veut pas dire que nous devons ignorer ce que l'élite lit et produit. De toute évidence, les publicité ciblent les riches. Les avis sur ces magazines sont intéressants. De manière assez ironiques, les citadines que j'ai interviewées les criquent pour leur élitisme.
L'utilisation faite des magazines au Maroc est intéressante. Bien que l'illétrisme empêche de nombreuses femmes de lire ces magazines, elles en regardent les images.
Les femmes utilisent les photos de ces magazines comme idée d'habillement. Beaucoup d'entre elles ne peuvent ni lire ni acheter ces magazines. Elles les empruntent et se font expliquer les articles et les histoires par des amies.
Magharebia: Vous avez noté une dimension sexuelle à la pauvreté marocaine. Quelle est-elle ?
Skalli: La pauvreté est vécue différemment par les deux sexes. Et elle n'a pas trait qu'au seul revenu. La pauvreté a des niveaux multidimensionnels. Il y a la pauvreté des ressources et des opportunités. Il y a des lois qui ne protègent pas les femmes, et la pauvreté qui résulte de leur manque d'éducation, d'emploi et de services de santé.
On suppose généralement que les femmes bénéficient de programmes de développement sans référence au sexe. C'est un jugement trompeur et coûteux. La diminution de la pauvreté des femmes marocaines doit revêtir plusieurs aspects, et les causes de cette pauvreté doivent être étudiées.
Le Maroc est sur la bonne voie. Ainsi, la Mudawana (le Code de la Famille) marocaine, les programmes d'éducation pour les filles et les programme de formation sont de bonnes choses. La meilleure participation des femmes à la vie politique permet de faire avancer les questions féminines dans le traitement des sujets nationaux.
Mais les défis sont immenses. La situation des femmes en milieu rural reste précaire du fait du cycle de marginalisation.
Magharebia: Parlez-nous de votre vie aux Etats-Unis.
Skalli: Je suis venue aux Etats-Unis après avoir enseigné pendant quinze ans au Maroc. Je voulais développer mes connaissance pour retourner au Maroc. J'ai passé mon doctorat à l'Université d'Etat de Pennsylvanie, où j'ai rencontré mon mari. Je suis ensuite retournée enseigner au Maroc parce que ma bourse Fulbright exigeait que je serve mon pays pendant deux ans. En 2003, j'ai rejoint mon mari à Washington et ai commencé à enseigner à l'American University's School of International Service. Nous avons maintenant des jumeaux âgés de deux ans, Adam et Zachary. Je passe mes journées à trouver un équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle.