30/11/2006
Un mouvement marocain tente d'obtenir la pleine reconnaissance de la langue et de l'identité amazighes. Toutefois, les militants amazighes ont essuyé un revers, après que leur langue ne fut pas totalement intégrée dans les programmes de l'enseignement public.
Par Imane Balhaj pour Magharebia à Casablanca -- 30/11/06
![]() [File] L'Institut Royal de la Culture Amazighe |
Les associations amazighes travaillent à obtenir la pleine reconnaissance de la langue et de la culture amazighes. Malgré l'engagement du Gouvernement en faveur de l'enseignement de l'amazigh, son intégration dans les programmes scolaires reste un problème.
En 2001, le Roi Mohammed VI avait affirmé qu'un renouveau de la langue amazighe relevait de la responsabilité de chacun, et que son intégration dans les programmes scolaires au Maroc était une nécessité -- la langue et la culture amazighes sont des composantes fondamentale de la culture nationale, avait-il alors affirmé.
Bien que la langue amazighe fut introduite dans les écoles publiques en 2003, les soutiens politiques aux droits culturels des Amazighes sont restés vagues et n'ont donné aucun résultat tangible, selon les militants. Les partis politiques marocains ont évité ce sujet lors des débats.
Le Maroc a commencé à intégrer l'amazigh dans les écoles publiques en septembre 2003. Cette mesure concernait à l'origine 25 000 élèves et 1 090 enseignants, dans 345 écoles publiques. L'Institut Royal de la Culture Amazighe avait aidé à formuler les objectifs de l'enseignement de l'amazigh. Ce groupe avait formé des professeurs et mis au point des recueils de textes et des dictionnaires.
Le Ministère de l'Education tente d'intégrer l'amazigh de manière progressive dans les écoles du royaume, pour parvenir en fin de compte à l'intégrer à tous les niveaux, de l'école primaire à l'enseignement secondaire. Il envisage également de faire entrer la langue et la culture amazighes dans les universités et les écoles professionnelles.
Des manuels d'enseignement de l'amazigh ont été publiés, des débats et des émissions de radio et de télévision ont été organisés sur le sujet. Mais les efforts visant à universaliser l'enseignement de l'amazigh ne répondent pas aux aspirations du mouvement amazigh.
"Nous devons accorder plus d'attention aux aspects de procédure et de mise en oeuvre dans le cadre de la commission conjointe, et assurer un suivi et une évaluation du processus d'enseignement de l'amazigh. Nous devons également trouver des solutions aux problèmes éventuels qui peuvent survenir au niveau régional et local", a déclaré le Ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Formation scientifique, Habib El Malki, lors d'une réunion organisée le 13 novembre avec l'Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM).
Ahmed Assid, de l'IRCAM, affirme voir une rupture entre la politique officielle affichée et la réalité. Il affirme que le système éducatif enterre le projet en ne modifiant pas le recueil de textes du quatrième niveau de primaire de cette année -- niveau auquel commence le programme d'apprentissage d'une nouvelle langue. "Il y a un désir manifeste de vider l'année scolaire amazighe de toute substance, sans recueil de textes. C'est ce qui se produit depuis quatre ans", déclare-t-il.
Le Président de l'association culturelle Tamesna, Lahssen Bazigh, indique que la question amazighe au Maroc est en perpétuel changement, et que l'intégration de cette langue dans le système éducatif se caractérise par la hâte et l'improvisation, raison probable de son échec. Il indique qu'il n'y a aucun contrôle sur l'enseignement de l'amazighe.
M. Bazigh a demandé au Centre de Recherche Didactique et de Programmes d'Enseignement, une institution privée placée sous l'autorité du Ministère de l'Education, de mettre en place un système de contrôle de l'enseignement de l'amazigh. "Nous avons remarqué que [la langue] amazighe ne figure pas au programme, et que la majorité des organismes d'enseignement tentent d'éluder la question", affirme-t-il.
M. Bazigh estime que la meilleure solution consiste à ajouter un article à la Constitution marocaine qui protégera la langue et l'identité de ce groupe minoritaire. "Il n'est pas possible de parler de droit sans une reconnaissance constitutionnelle de la langue amazighe."
"Le meilleur moyen pour parvenir à une véritable réhabilitation de l'amazighe consiste à l'enseigner dans le cadre des programmes d'enseignement, parce que le processus d'enseignement et d'apprentissage est une condition fondamentale à sa diffusion et à sa préservation en tant que langue nationale", affirme Moha Naji, un linguiste marocain.