12/11/2006
Après avoir tenté vainement de forcer la surveillance sans cesse accrue autour des enclaves espagnoles Ceuta et Melilla, de plus en plus de clandestins algériens optent pour la voie maritime, en utilisant de petites embarcations. Le phénomène s'est amplifié durant la période du Ramadan, alors que les passeurs pensaient profiter de la baisse de vigilance des autorités. Des conditions de traversée précaires ont été à l'origine du naufrage d'un grand nombre d'embarcations.
Par Nazim Fethi pou Magharebia à Alger – 12/11/05
![]() [Getty Images] Des centaines d'immigrants africains quittent quotidiennement l'Espagne, en quête d'une vie meilleure |
L'immigration clandestine vers l'Europe a trouvé une nouvelle voie, après que l'Espagne ait renforcé la sécurité autour des enclaves nord-africaines de Ceuta et Melilla. Selon le journal algérien El Watan, des pêcheurs se sont fait une fortune - de 12 000 à 18,000 euros par voyage -- en utilisant leurs petites embarcations pour emmener des immigrants jusqu'à l' Europe.
Des rabatteurs sillonnent les grandes villes et recrutent des jeunes désœuvrés à qui ils promettent un voyage sur et sans risques vers l’Espagne, contre la somme de cent mille dinars (plus de mille dollars). Les candidats à l'exil sont recrutés le plus loin possible de leurs villes de départ, afin d’éviter d’attirer les soupçons des services de sécurité.
Kamel H, 25 ans, est prêt pour l’aventure. Il ne rêve que de partir depuis qu’il a ouvert les yeux.
" Je préfère risquer la mort pour m’en sortir que de rester ici mourir à petit feu ", lance-t-il. Il ne dit rien à ses parents à propos de son voyage " je ne veux pas les inquiéter. Je leur ai posé assez de problèmes jusque là. Dès que je débarque en Espagne, je les appellerai ".
Les départs sont organisés à partir des côtes oranaises (500 kilomètres à l’ouest d’Alger) pour des traversées devant durer entre dix et douze heures. Les candidats sont loin de se douter que les passeurs leur font miroiter des merveilles, tandis que ceux, restés à terre, constatent facilement l'exigüité des embarcations, trop petites pour supporter autant de passagers. La plupart des embarcations sont démunies de gilets de sauvetage, de jumelles, de boussole et de pistolet pour donner l’alerte, en cas d'urgence. Au cours de ces voyages, de nombreux naufrages, causés par la surcharge des bateaux, et des interceptions par les patrouilles côtières.
Ce sont des centaines de corps qui ont ont repêchées par les autorités algériennes pendant le Ramadan, alors que les passeurs pensaient tirer profit de la baisse de vigilance des garde-côtes, en cette période de fêtes, grâce aussi à des conditions climatiques favorables.
Les deux jours de l'Eid al-Fitr ont été particulièrement meurtriers.
La fête de l’Eid généralement synonyme de joie et de visites familiales, a été, pour de nombreuses familles algériennes, un véritable cauchemar, qui ont cherché, dans les morgues, les hôpitaux, leurs enfants partis sans un au revoir.
Kamel et sa bande partiront la veille de l’Eid. Sa famille apprendra, par le biais de son frère, qu’il est en route vers l’Espagne.
A chaque fois que la presse annonce la découverte de cadavres de clandestins, la mère de Kamel dit " mon fils est sûrement parmi eux ".
Ce n’est qu’une semaine après son départ que Kamel donnera signe de vie. Il appellera d’un centre de la croix rouge situé à Malaga. Il dit qu’ "ils prennent bien soin de nous. Mais il faut que je trouve un moyen pour sortir de ce centre ".
L'AP a fait état de 117 arrestations au début du mois en cours, et de 600 tout au cours du dernier été. Mais les services de sécurité algériens semblent dépassés par l'envergure qu'a prise cette ruée clandestine vers l'Europe dernièrement.