09/11/2006
Une étude réalisée conjointement par l'UNICEF et le Ministère de la Justice montre que la violence à l'égard des enfants concerne toutes les couches de la société marocaine. Le pays s'attaque au problème en mettant sur pied des programmes nationaux et des unités de protection de l'enfance.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 09/11/06
![]() [File] Cette étude montre que la violence existe même à l'école. |
Maie Ayoub Von Khol, représentante de l'UNICEF au Maroc, affirme qu'une étude conduite par son groupe en partenariat avec le Ministère de la Justice a montré que la violence semble être une méthode d'éducation et un moyen socialement acceptable de contrôler les enfants des classes inférieures et moyenne et les jeunes domestiques au Maroc. La violence est perpétrée par la famille, la police, l'école, les gens dans la rue, les employeurs et les institutions caritatives. Les chiffres montrent que les enfants les plus jeunes semblent en être les principales victimes.
Les actes de violence sont le plus souvent commis par les hommes, les femmes n'étant responsables que dans 10 à 15 pour cent des cas. Les femmes commettent des actes de violence physique et de trafic d'enfants, mais rarement la violence sexuelle.
La violence domestique n'est en général signalée que lorsque la violence physique est évidente dans le cas d'un enfant abandonné. La violence sexuelle et physique commise au sein du foyer et les actes commis par les employeurs, les professeurs et les responsables sont rarement signalés. Cette étude a montré que les enfants ne se rebellent contre la violence que lorsqu'elle confine à la torture, mais qu'ils ne la dénoncent que rarement.
De plus, les enfants victimes d'abus sexuels, en particulier de l'inceste, ont tendance à s’autocensurer car ils se sentent honteux et déshonorés. Les enfants eux-mêmes considèrent les coups de ceinture et les gifles qu’ils reçoivent comme des choses "normales" et "méritées". La violence à l’égard des enfants est rarement sanctionnée.
"Les victimes ne connaissent pas les voies de recours qui leur permettraient de faire cesser ces pratiques. Les enfants maltraités ne savent pas, en effet, à qui s’adresser ni comment le faire" explique Mme Von Khol.
Les enfants ne connaissent généralement pas les numéros d'appel gratuits, les centres d'écoute et d'orientation et la prise en charge dont ils peuvent bénéficier.
Toutefois, cette étude montre que les enfants marocains aspirent aux bénéfices d'un environnement protecteur.
Un plan national 2006-2015 a été lancé par Yasmina Baddou, Secrétaire d'Etat chargée de la Famille, de l’Enfance et des Personnes handicapées. "Un Maroc digne de ses enfants" vise à protéger les enfants contre toute forme de violence et à promouvoir leurs droits à la santé et à l'éducation. Mme Baddou souligne que son Ministère s'efforce d'offrir aux enfants un environnement idéal et sûr.
Plusieurs mesures ont déjà été prises pour protéger les enfants les plus exposés à la violence : les enfants des rues, les jeunes domestiques et les enfants au travail.
Des unités de protection de l'enfance sont en cours de création à Casablanca, Tanger, Fez, Marrakech, Agadir et Laayoune. Ces unités coordonnent le travail de toutes les agences locales, contrôlent les violences à l'égard des enfants et proposent des conseils, une assistance juridique et psychologique, ainsi que le soutien et la promotion des droits de l'enfant. La première unité sera opérationnelle à Casablanca dans les semaines qui viennent.
D'autres programmes nationaux de protection des enfants ont été lancés, comme "Inqad", qui vise à mettre fin à l'exploitation des petites bonnes. La touche finale est actuellement mise à une campagne nationale de sensibilisation à ce problème.
Le programme national "Indimage" s’intéresse aux enfants de la rue. Il ambitionne de trouver une approche territoriale pour lutter contre ce phénomène aux niveaux de la prévention et du traitement.
"La violence à l’égard des enfants est un réel défi pour tous les intervenants. Nous serons à la hauteur des aspirations grâce aux chantiers ouverts dans tout le Maroc", affirme Mme Baddou.