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Une femme écrivain parle de son roman et de la situation des femmes au Maroc

03/11/2006

La jeune Marocaine Sanaa Elaji a publié son premier roman "Majnounatou Youssouf" en 2003. Elle parle de ce livre et donne à Magharebia son point de vue sur les femmes au Maroc.

Par Farah Kinani pour Magharebia à Washington – 03/11/06

[File] Elaji

Sanaa Elaji, jeune Marocaine de 29 ans, a obtenu son diplôme de l'école de commerce ECSA de Casablanca. Après cela, elle a décroché quelques petits rôles au théâtre et a commencé à travailler comme directrice de production. Elle a publié un roman intitulé "Majnounatou Youssef" en 2003 et travaille maintenant dans la publicité.

Magharebia: Que pouvez-vous nous dire de votre roman "Majnounatou Youssouf" ?

Sanna Elaji: C’est une histoire que j’aurais aimé vivre. Je suis effectivement un peu déçue par ce que je vois ou ce qui se passe autour de moi. J’ai envie de vivre une vraie passion, avec une déception peut-être à la fin; mais je préfère la vivre quand même.

Magharebia: A quand la seconde partie de votre roman ?

Elaji: Je pense qu’une suite d’un premier roman est toujours décevante. C’est vrai qu’on me pose tout le temps cette question, mais je sais que je ne vais pas le faire.

Ce roman, je l’ai écrit et publié parce que j'en avais envie et que j'en étais satisfaite. Je n'ai provoqué ni son écriture ni sa publication. Et c'est comme ça que naîtra mon second. Qui n’aura certainement rien à voir avec le premier.

Magharebia: Que pensez-vous du fait que "Majnounatou Youssouf" a été classé par certains comme un roman "de femmes" ?

Elaji: Je refuse cette appellation. Je ne me catégorise pas et je refuse qu'on me catégorise ou qu'on me catalogue. On n'écrit pas parce qu'on est femme ou homme. On s'exprime en tant que tel, indépendamment de son sexe, de son âge, de sa nationalité ou de sa religion !

Magharebia: Etes vous féministe ?

Elaji: En fait je ne sais pas, mais je me pose souvent la question. Certes, il y a des choses dans la situation de la femme qui me révoltent, surtout dans l’attitude des femmes elles-mêmes.

Mais je n’aime pas beaucoup être taxée de féministe. Cela m’exaspère de voir le regard de la société en général par rapport à la femme, mais ce qui m’exaspère encore plus c’est la passivité de certaines femmes, qui se complaisent dans le rôle que leur impose la société.

Une de mes connaissances, instruite et plutôt bien dans sa peau, se fait battre par son mari, et tout ce qu’elle trouve à me dire, c’est que l’essentiel est qu’il “lui” revienne. Des filles instruites, indépendantes veulent se marier à tout prix, juste pour le statut social. C’est inconcevable !

Quelque part, c’est normal pour l’homme de ne pas essayer de trop faire bouger les choses, cela l’arrange qu’il reste maître de la situation.

Une autre façon de voir que je ne comprends pas du tout, c’est quand une jeune mariée, encore sans enfants, vous dit: "Si on avait les moyens, je resterais à la maison". Elle participe matériellement à son foyer uniquement par nécessité, pas pour son besoin d’épanouissement personnel.

Finalement, chacun veut garder ses privilèges hérités, sans même essayer de faire évoluer les choses: lui, le maître servi, et elle, la soumise, mais prise en charge. Et ce n’est sûrement pas en éduquant les enfants dans une telle ambiance que les familles marocaines réussiront à instaurer un nouveau mode de pensée basé sur la confiance et un vrai sens de partage.

Magharebia: Que pensez-vous du nouveau Code de la famille au Maroc ?

Elaji: Les changements représentent certes une belle évolution, mais ce n’est certainement pas la révolution. Maintenant, il faudra travailler sur les mentalités, et c’est sûrement une tâche beaucoup plus difficile.

Je vous donne un exemple. Maintenant, la femme marocaine peut exiger certaines choses de son futur mari et les faire rédiger dans un contrat de mariage. Cependant, beaucoup de couple vous diront: "Un contrat, pourquoi ? On ne pense pas au divorce, nous !"

Et bien moi, quand je prends une assurance pour ma voiture, cela ne veut pas dire que j’ai envie d’avoir un accident ! Je me protége seulement. Les mentalités donc doivent suivre, et c’est cela le plus grand défi.