02/11/2006
Le cancer du sein est un problème de plus en plus préoccupant au Maroc, du fait du manque de sensibilisation et d'une détection rapide. Ce problème est aggravé par le fait que les compagnies d'assurance refusent de rembourser les frais de dépistage, par le manque de centres publics de traitement et par le prix élevé des soins privés.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 02/11/06
![]() [File] Patientes atteintes d'un cancer du sein en cours de chimiothérapie à l'Institut National d'Oncologie |
Près de 10 pour cent des femmes marocaines sont atteintes d'un cancer du sein, selon l'Institut National d'Oncologie (INO). Le docteur Rajae Aghzadi, présidente de l'Association Contre le Cancer, affirme que 10 000 à 12 000 nouveaux cas sont détectés chaque année. La majorité des personnes atteintes sont âgées de 45 à 55 ans, mais les patientes sont de plus en plus jeunes, a déclaré le docteur Aghzadi à Magharebia.
Le docteur Jalil Abdelouahed, chef du service de chirurgie oncologique à l'INO, estime que l'impact social du cancer du sein est énorme.
"Cette maladie est en augmentation au Maroc par suite du manque de sensibilisation", a-t-il déclaré à Magharebia. Il affirme que certaines personnes ne savent même pas que cette maladie existe.
Les médecins font valoir que les infrastructures actuelles ne sont plus suffisantes.
Les deux seuls centres de cancérologie publics du Maroc sont l'INO de Rabat et le centre d'oncologie Ibn Rochd de Casablanca. La plupart des Marocains n'ont qu'un accès limité, voire inexistant aux soins. Le personnel de l'INO de Rabat est inondé chaque jour de patientes venues de tout le Maroc. Les infrastructures hospitalières font cruellement défaut dans les zones rurales, où les femmes défavorisées ont beaucoup de mal à bénéficier de soins.
Au vu de cette forte demande, trois centres d'oncologie privés ont ouvert leurs portes ces dix dernières années. Les patientes n'ont plus à attendre longtemps pour bénéficier d'un traitement, mais elles doivent le payer au prix fort.
Le docteur Abdellatif Benider indique que le coût moyen de traitement d'un cancer du sein au Maroc va de 40 000 dirhams à 50 000 dirhams, une somme bien supérieure aux moyens de la plupart des patients.
Hayat Boufaracha, une ménagère, a appris qu'elle était atteinte d'un cancer du sein il y a six mois.
"J'ai été abasourdie par cette nouvelle. Comment pouvais-je aller à Rabat pour des séances de chimiothérapie, alors que j'habite à Taza ? Vous devez attendre longtemps pour avoir un traitement à l'hôpital public et dans les cliniques privées, on me demandait 45 000 dirhams, que je n'ai pas", déclare-t-elle. Elle a dû dépendre de la générosité des autres pour bénéficier d'un traitement.
Le manque d'argent oblige de nombreuses patientes à n'avoir qu'une seule séance de chimiothérapie par semaine, au lieu des deux ou trois prescrites. Cette pratique est très répandue en-dehors du corridor Rabat-Casablanca.
Les remboursements par les assurances sont aussi un problème majeur. Le docteur Benider indique que les compagnies d'assurance demandent que le cancer soit détecté avant de rembourser.
"Une femme de 45 ans qui passe une mammographie dans le cadre du dépistage du cancer du sein doit payer 800 dirhams. Si elle a la chance de ne pas être atteinte, elle ne sera pas remboursée", indique-t-il.
Le dépistage précoce du cancer du sein coûte trois à quatre fois moins cher qu'un diagnostic tardif. Le traitement présente un taux de succès de 100 pour cent si la tumeur a moins de deux centimètres, précise le docteur Rajae Aghzadi, spécialiste du cancer du sein.
"Tout ce que vous devez faire, c'est consulter immédiatement un médecin pour éviter la catastrophe d'un cancer déjà avancé. Les femmes marocaines ne semblent pas être conscientes de l'urgence d'une détection précoce, ni informées des options de soin actuelles, même si elles savent que cette affection est sérieuse", indique-t-elle.