10/09/2006
Les ONG marocaines sont fortement impliquées dans l'enseignement de la lecture et de l'écriture pour les femmes, les jeunes et les personnes âgées. Elles estiment qu'un effort soutenu au niveau local est le meilleur moyen de surmonter ce problème.
Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 10/09/06
![]() [Getty Images] Les femmes représentent 79 pour cent des personnes inscrites dans les classes d'alphabétisation. |
Les ONG marocaines luttent pour aider le pays à supprimer l'analphabétisme.
Lahcen Haddad, directeur du projet Adros, qui vise à accroître le taux d'alphabétisation chez les petites bonnes, a déclaré à Magharebia que le pays avait besoin d'aide pour parvenir à ses objectifs.
"L'alphabétisation est l'affaire de tous. Nous faisons du bon travail au Maroc dans ce domaine, mais nous devons redoubler d'efforts. Toutes les composantes de la société doivent y participer", a-t-il déclaré.
Noureddine Hraiche, président de l'Association du développement et de la réforme, estime également que la société civile doit se mobiliser. Son association tente d'apprendre aux femmes vivant dans des bidonvilles à lire et à écrire.
"Le Maroc compte parmi les douze pays au monde dans lesquels trois quarts de la population sont analphabètes. Nous esayons au sein de notre association de participer à l'effort, même si cela [n'apporte une aide] que dans notre entourage", a-t-il expliqué à Magharebia.
Belmouden Saadia, membre de la même association, n'hésite à faire du porte-à-porte pour encourager les jeunes filles à sortir de cette situation. Saadia, qui souhaite devenir pharmacienne, enseignera à une classe de 22 filles dans l'école Zirara de Temara.
Hafida Zaoui, l'une de ses élèves âgée de 12 ans, est résolue à faire quelque chose pour changer son avenir.
"Je ne veux pas rester toute ma vie ignorante. Je veux comprendre la vie. Si je n'étudie pas, je resterai illettrée" s'exclame-t-elle, les yeux brillants de défi.
Hayat Al Abdouni, une adolescente de 15 ans, affiche elle aussi son optimisme. Elle avait interrompu ses études quand elle avait à peine 10 ans pour s'occuper de sa petite soeur, mais elle est maintenant déterminée à rattraper le temps perdu grâce à l'action de l'Association de la réforme et du développement.
Des femmes plus âgées veulent également changer leur quotidien grâce à l'alphabétisation. El Hajja Tamou Saadine attend avec impatience la rentrée scolaire des cours d'alphabétisation.
"J'ai commencé mes cours l'année dernière grâce à l'Association marocaine pour la protection de la femme rurale (AMPFR). J'ai beaucoup appris. Je ne lâcherai pas jusqu'à ce que j'arrive à bien lire et à bien écrirre, comme mes enfants", déclare-t-elle à Magharebia.
Malika Ben Mahi, présidente de l'AMPFR est fière du travail déjà réalisé par son association. Celle-ci dispense des cours d'alphabétisation et de formation professionnelle.
"Armées d'une ardoise, d'une craie et d'un petit cahier, les femmes étudient sérieusement au sein de notre association. Dans une même classe, adolescentes et sexagénaires étudient côte-à-côte. Les plus assidues reçoivent des cadeaux à la fin de chaque année scolaire pour les encourager à continuer", indique-t-elle.
Zahia, qui était autrefois analphabète, a vu sa vie changer totalement grâce à l'association Femmes et action de Yacoub Al Mansour. Elle voit son entourage différemment et n'a plus honte de côtoyer des personnes cultivées. Elle peut suivre facilement les informations télévisées en arabe avec ses enfants et tenir une discussion sur de nombreux sujets. Elle sent de la fierté dans les yeux des membres de sa famille.
Le nombre d'enfants formés par les ONG est passé de 153 218 en 2004 à 225 129 cette année. La contribution du secteur public s'avère également importante, alors que le secteur privé n'a formé que 2 652 personnes. Les femmes représentent 79 pour cent des inscrits dans les classes d'alphabétisation.
Les ONG avec lesquelles Magharebia a parlé estiment que le problème de l'analphabétisme devrait être surmonté par une approche qui implique et responsabilise les gens au plan local. Elles estiment que chaque communauté doit mettre sur pied un programme d'alphabétisation et de prévention. Améliorer la scolarisation et faire baisser l'abandon scolaire est également jugé utile. Les ONG estiment que seul un effort durable sur trois ou quatre ans permettra de surmonter ce problème une fois pour toutes.