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Yto Barrada aborde son amour de la photographie des frontières internationales

11/08/2006

La double nationalité d'Yto Barrada, qui est franco-marocaine, lui a permis de voyager avec une relative facilité. Ce qui lui a donné l'idée de photographier les gens pour qui passer la frontière est moins aisé.

[File] Barrada

La photographe franco-marocaine Yto Barrada est réputée pour ses photos de Tanger et du Détroit de Gibraltrar. Elle a débuté sa carrière en 2001 à Paris et a été récompensée cette année par l'Académie des Arts de Berlin, qui lui a remis le Prix Ellen Auerbach.

Magharebia: Comment êtes-vous devenu photographe ?

Yto Barrada: C’était une pure coïncidence. Au fait, j’étais étudiante de sciences politiques en Palestine et j’ai pensé alors illustrer tout ce que j’écrivais pour ma thèse avec des photos. Petit à petit, la photo est devenue de plus en plus importante.

Magharebia: Que photographiez-vous?

Barrada: Les frontières, les gens, les barrières, les check points et les gens …

Magharebia: Pourquoi et comment est venu cet intérêt pour le détroit du Gibraltar ?

Barrada: Il faut dire que là aussi c’était du pur hasard, étant donné les études que je faisais à l'époque. Les jeunes parlaient de frontières et rêvaient d’Europe. Ils m'ont inspiré à prendre des photos qui montrent le détroit et la détresse, deux mots très proches l'un de l'autre quant au sens. Dans mes photos je veux montrer les deux mondes séparés par les frontières. Je veux aussi montrer l’espoir et le désespoir des jeunes.

Magharebia: Que pensez-vous de ce qui se passe sur le détroit ?

Barrada: C’est intéressant de voir les frontières d’un seul côté. La majorité des marocains ne peuvent pas franchir les frontières. C’est aussi intéressant de decouvrir que les personnes qui partent clandestinement appellent cette action " brûler ". C’est comme s’ils brûlaient leurs passeports et leurs identités avant de partir. Ils sont prêts à tout renier pour pouvoir partir. Mais avec beaucoup dans le cœur, beaucoup de sentiments, de rêves et d’espoir. Chacun attend son tour, adultes et enfants. Les uns attendent d’économiser assez d’argent, les autres attendent une opportunité, un contact.

C’est ce que j’essaie de passer à travers mes photos. J’essaie de capter des tentatives. Je veux montrer comment l’espoir de partir et s’installer en Europe change la vie de toute une population.

Magharebia: Est-ce que votre double nationalité a quelque chose a voir avec cet intérêt pour les frontières ?

Barrada: Sûrement. Je pense que j’ai été une enfant privilégié, J’ai franchi des frontières sans trop y penser. Mes parents sont marocains mais je suis née en France. Donc, je suis intéressée parce que ça aurait pu être ma destinée aussi-- rêver d’Europe sans pouvoir le réaliser.