20/07/2006
Hachemi Guerouabi, l'un des grands maîtres de la musique châabi, est décédé lundi 17 juillet à l'hôpital Zeralda d'Alger.
Par Mohand Ouali pour Magharebia à Alger – 20/07/06
![]() [Getty Images] Guerrouabi |
La radio nationale algérienne a fait savoir que Hachemi Guerouabi, véritable légende de la musique châabi, était décédé lundi 17 juillet à l'hôpital Zeralda d'Alger. Il avait été admis un jour plus tôt dans un état comateux, à la suite d'une attaque cardiaque.
Le chanteur, âgé de 68 ans, était resté dans un état stable lors des premières heures qui avaient suivi son admission, mais son état s'était ensuite rapidement dégradé.
Guerrouabi était né le 6 janvier 1938, à El-Madania, quartier populaire d'Alger. Bien qu'il fut passionné de football, la musique était sa véritable passion. Son amour du châabi (chants du folklore populaire) s’éveillera au contact de plusieurs maîtres du genre, à l’instar de Hadj M’hmed El Anka et Hadj M’rizek, qui se produisaient dans les nombreux cafés d’Alger, notamment à la casbah.
Guerrouabi se fera vite remarquer pour sa voix de ténor et est recruté en 1953 à l’Opéra d’Alger par un artiste de renom, Mahieddine Bachetarzi. Il s'y distinguera avec une chanson du terroir "Magrounet Lehouadjeb" (La fille aux sourcils arqués).
"Habité par le chaabi", comme il aimait à se décrire, Guerrouabi était un chanteur à succès. "Youm lekhmis", "Bellah ya bni elouacham", "El harraz" et "Youm El Djemaa" le propulsèrent parmi les grands maîtres du châabi.
Dans les années 70, Guerrouabi adopte un nouveau style, plus proche de la chansonnette, qui fera également succès, avec des airs comme "Megouani sahran", "El barrah", "Sbayat zoudj", "Chems el barda", "Nafsi ouana moulaha", "Goulou lenass", "Djohra", "Hakmet" et "Elwarka".
Face à l'arrivée massive de la musique commerciale occidentale et égyptienne au Maghreb, Guerouabi savait qu'il lui fallait se distinguer pour attirer la jeunesse algérienne. C'est ainsi qu'il introduisit quelques changements majeurs au châabi.
Connu comme un innovateur, Guerouabi devait affronter quelques critiques très conservateurs. Il avait construit sa réputation sur une touche personnelle, revitalisant la musique traditionnelle par son propre style distinctif et sa voix très douce. Sa musique avait traversé les frontières nationales, lui permettant d'enregistrer un CD en France dans les années 1990.
En dépit de sa santé fragile, il avait donné récemment plusieurs concerts, en Algérie et à l’étranger.
Avec sa mort, c’est un monument de la chanson châabi qui disparaît. Un hommage solennel lui a été rendu mardi avant son inhumation au cimetière d'El Madania d'Alger.