23/06/2006
Noureddine Ayouch est l'un des acteurs les plus actifs de la société civile Marocaine. Au cours d'une discussion avec Magharebia, il a parlé de ses deux associations, la fondation Zakoura et DABA 2007. Les deux entités visent à encourager les femmes et les jeunes qui selon Ayouch constituent l’avenir du Maroc.
Par Farah Kinani pour Magharebia à Casablanca – 23/06/06
![]() [File] Ayouch croit que l'avenir du Maroc dépend des jeunes et des femmes du pays. |
Noureddine Ayouch est l'un des acteurs les plus actifs de la société civile Marocaine. Il a créé la fondation Zakoura en 1995 pour combattre la pauvreté et encourager les femmes. Les micros crédits alloués par l'association ont permis a beaucoup de marocaines de mettre sur pied leurs propres projets. Ayouch vient de lancer l’association DABA 2007 pour enrôler la jeunesse Marocaine dans la vie politique de leur pays.
Magharebia: Il y’a dix ans, Zakoura a été établie. Comment se porte t elle aujourd’hui ?
Noureddine Ayouch : Zakoura va très bien. Le Maroc a d’ailleurs été classé premier pays au niveau du micro crédits au monde, et le classement a été fait par la banque mondiale et les nations unies.
Zakoura livre un travail extraordinaire au Maroc. Nous avons 1150 salariés partout au Maroc qui travaillent au niveau de 765 sites allant du sud au nord du pays. Zakoura ne se limite pas à donner des micros crédits mais sensibilise aussi les gens sur l’importance de lutter contre la corruption, d’être digne, de respecter la femme, de voter.
Magharebia: La femme Marocaine semble être le plus grand bénéficiaire des micros crédits de Zakoura. Est-ce une simple coïncidence ?
Ayouch : Au départ, Zakoura voulait toucher les femmes et les hommes. Mais dés la première année, nous avons constaté que les clientes étaient beaucoup plus sérieuses et plus solidaires. Nous avons donc décidé de nous consacrer davantage aux femmes qui reçoivent aujourd’hui 90% des micros crédits distribués par la fondation.
Je ne répèterai jamais assez que les femmes sont l’avenir de ce pays. Notre pays changera véritablement le jour ou nous leur donnerons le pouvoir économique, politique,culturel, et social .
Magharebia : Est-ce que le statut de la femme a bénéficié des dernières modifications portées à la Moudawana (le code de la famille)?
Ayouch: Les changements effectués sur la Moudawana constituent une grande révolution dans le monde Arabe.
Malheureusement, la Moudawana n’est pas encore bien appliquée, parce qu’il y’a des habitudes qui n’ont toujours pas changé. Un travail de pédagogie et de communication est indispensable pour mieux expliquer les raisons de cette réforme.
Magharebia: En parlant de changements, est il vrai que la jeunesse Marocaine boude la politique ?
Ayouch : Le résultat d’une enquête menée par l’Economiste montre que 92,5% des jeunes marocains ne croient plus en les partis politiques de leur pays et ne pensent plus voter.
La majorité des marocains n’arrête pas de critiquer les partis politiques, le gouvernement et le parlement. Cette même majorité pense donc qu’il n’y a pas de démocratie au Maroc et refuse par la suite de "se politiser".
Les jeunes disent cela, les intellectuels le répètent et 50% seulement du peuple marocain va voter. Cela n’est pas normal. Il est plus que temps maintenant de chercher des solutions et dire " je vais faire quelque chose pour mon pays, je vais intégrer les partis politiques au lieu de les dénigrer ".
Chaque marocain doit jouer un rôle dans le processus de la politique et ne plus se contenter d’être un simple spectateur. Cette idée est l’objectif de DABA 2007.
Magharebia: Que fait donc DABA 2007 ?
Ayouch: Nous avons crée trois commissions. La première commission s’engage donc à préparer les jeunes pour s’enrôler politiquement et voter. La commission s’adressera aux jeunes en Arabe dialectal mais aussi en Tamazight.
La deuxième commission s’adresse à l’élite économique et intellectuelle qui a " levé la main " et ne croit plus au parlement ni aux partis politiques.
La troisième commission sera consacrée à comprendre les idéologies, les programmes de la politique et les visions de l’avenir des partis politiques. Cette commission aura aussi pour mission de les convaincre de créer des structures d’accueil pour les jeunes et les élites, et mieux les séduire au lieu de rester uniquement renfermés sur eux-mêmes. Autrement dit, il nous faut donc un travail d’éducation de la société marocaine.