Magharebia
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Entretien avec le chanteur-compositeur marocain Malek

19/06/2006

Dans un entretien accordé à Magharebia, le chanteur-compositeur Malek a raconté comment ses racines françaises et marocaines, et le fait de vivre dans les deux pays, avaient influencé sa carrière. Il fait appel à de nombreux styles musicaux, en estimant que ce sont la musique, les mots et le message qui comptent le plus.

[File] Malek

Le chanteur Malek a imprimé sa marque sur la musique marocaine par le biais de paroles en français et en arabe, et grâce à l'emploi d'une grande variété de styles. Il se dit fortement influencé par le chanteur francophone Jacques Brel et par ses propres racines marocaines. Il a déjà plusieurs albums à son actif, dont le dernier est en cours de production.

Magharebia: Vous êtes moitié marocain, moitié français. Comment ce mélange vous a-t-il aidé en tant qu'artiste ?

Malek: D'abord, cela m'a donné l'occasion d'être parfaitement bilingue. Ensuite, le fait que ma mère soit française et mon père marocain m'a permis d'appartenir à deux cultures différentes, et donc d'avoir deux perspectives différentes pour élargir mon horizon. Enfin, grâce à ce mélange, comme vous l'appelez, j'ai pu vivre en France et au Maroc et y rencontrer des artistes connus des deux pays.

Savoir comment votre public perçoit les choses et ce qu'il souhaite écouter est important. Donc, chanter au Maroc ou en France, étant donné mes racines, me permet d'être proche de ces publics et de communiquer avec eux. Mon père vient de Oujda, dans l'est du Maroc, et mes chansons ont donc des relents de <I>rai</I>. Mes deux cultures m'ont aidé à devenir une personne tolérante.

Magharebia: Vous avez commencé votre carrière en France. Qu'est-ce qui vous a fait retourner au Maroc ? Parlez-nous de vos débuts et dites-nous comment vous vous êtes développé artistiquement dans les deux pays.

Malek: J'ai débuté ma carrière à Montpellier, en France, où j'étais allé faire mes études de droit. A cette époque, j'écrivais de la poésie et ne pensais pas du tout à la chanson. J'avais toujours voulu chanter, mais l'occasion ne s'était jamais présentée. J'avais écrit plusieurs poèmes sur l'amour et sur la vie en général depuis l'âge de 14 ans. En écrivant ce genre de poèmes, vous pensez à en faire des chansons, surtout quand vous êtes jeunes.

Quand j'ai eu 16 ans, j'ai commencé à jouer de la guitare, mon instrument préféré. Avec un groupe d'amis, nous chantions du Brel, du Piaf, et Serge Reggiani. Jacques Brel a eu une grande influence. C'était dans les années 1970, l'époque des cafés théâtres, lorsque j'ai chanté pour la première fois avec mon groupe et où j'ai commencé à chanter en public. Cette première expérience m'a non seulement permis de rencontrer un public pour la première fois, mais aussi de rencontrer de grands artistes français, dont les conseils et le soutien m'ont énormément aidé dans ma carrière.

Magharebia: Et vos études ?

Malek: Mes études ? Bien... je les ai laissées tomber ! (Rires.) J'ai abandonné mes études, ce qui a été une grande déception pour mes parents, et j'ai pu me consacrer entièrement à ma grande passion de la musique. Plein d'ambition, d'amour de la chanson et d'enthousiasme pour l'aventure et les nouvelles expériences, j'ai réussi à sortir un single en 1981 intitulé "Une mère", sur les conseils de mon producteur français. Tout cela m'a aidé à sortir mon premier album, "La Mal Vie", qui a eu un certain succès et m'a encouragé à poursuivre.

Magharebia: C'était en France. Quand êtes-vous retourné au Maroc ?

Malek: Je suis revenu au Maroc en 1991 et me suis installé à Casablanca. Lorsque j'étais au Maroc, le contact avec les Marocains et leur style de vie avaient laissé leur empreinte sur moi. J'ai alors décidé d'y retourner. En 1996, j'ai chanté la chanson "Bara'a" (Innocence) sur 2M, la seconde chaîne marocaine, pour l'UNICEF, à l'occasion de la deuxième Journée internationale de la radio et de la télévision pour les enfants du monde. Cette chanson était produite par plusieurs artistes, qui avaient offert leurs services pour la chanter à cette occasion. Un groupe d'enfants nous avait rejoint. Ce fut un immense succès et cette chanson en entraîna une autre, qui remporta un International Emmy Awards.

Magharebia: Vous chantez selon plusieurs styles musicaux. Quel est votre préféré ?

Malek: Il n'y a pas vraiment un style que je préfère. Je chante en arabe et en français, dans plusieurs styles différents. Ce sont la musique, les mots et le message qui importent.

Magharebia: Apparemment, vous chantez aussi du <I>rai</I> ?

Malek: Et Jacques Brel, et Edith Piaf ... Comme je l'ai dit, il y a eu une influence de mes racines Oujda (ma ville natale). Oui, dans les années 1980, j'ai chanté du <I>rai</I> avec mon ami Hamid Bouchnaq, dont "Asrar" (Secrets) et "Ma bka lina amal" (Il n'y a plus d'espoir) et plusieurs de mes chansons ont un parfum de <I>rai</I>.

Magharebia: Depuis votre album de 2000 "Et demain m'attendra", enregistré au Maroc, nous n'avons plus beaucoup entendu parler de vous. Pourquoi ce silence ?

Malek: J'ai maintenant moins de temps pour écrire des chansons, puisque je suis devenu directeur artistique du label Platinium. C'est un travail qui me prend beaucoup de mon temps, et je contribue à la musique marocaine d'une manière différente. Le but est de supporter de jeunes talents et de leur donner ce dont ils ont besoin, de manière à éviter de les voir partir poursuivre leur carrière à l'étranger. Cependant, mon prochain album est prévu pour fin 2006 et est déjà bouclé. Il rassemblera mes 25 ans de chanson.