11/04/2006
Après avoir fait office pendant des années de lieux d'échange intellectuel, les librairies du Maroc sont désormais virtuellement désertées.
Par Hassan Benmehdi pour Magharebia à Casablanca – 11/04/06
![]() [File] Les libraires marocains se battent pour attirer les lecteurs dans leurs rayons |
Au Maroc, les librairies étaient des endroits très prisés, où intellectuels, étudiants et lecteurs avides passaient des heures à fureter dans des étagères bien garnies à la recherche d'une nouvelle publication ou d'un chef d'oeuvre ayant eu un impact sur le monde de la littérature ou la pensée universelle.
Mais aujourd'hui, ce secteur d'activité semble plongé dans une crise endémique. En dépit de l'organisation de salons et de foires dans plusieurs villes du pays, le marché a encore du mal à s'organiser et à affirmer sa présence. A part quelques bestsellers ou travaux didactiques, les ventes deviennent plus saisonnières et atteignent uniquement des niveaux rentables en début d'année scolaire.
Cependant, la plupart des gens considèrent encore les librairies comme le moyen approprié d'accéder à l'information, aux idées et aux oeuvres de fiction. Face à cette crise de la lecture, les éditeurs ont réagi en augmentant le nombre de titres, en raccourçissant les délais d'impression, en augmentant le roulement des livres sur les présentoirs, et en augmentant les prix.
"Nous produisons de plus en plus de livres, mais pour de moins en moins de lecteurs", déclare Seddik Z, spécialiste en la matière.
Un autre point qui rend la situation plus délicate est l'absence de libraires professionnels. "Nous comptons très peu de libraires, je veux dire, des personnes ayant la formation adéquate et capables de recommander tel ou tel ouvrage en fonction de la situation culturelle actuelle. Ils doivent être au courant de tout ce qui se passe dans le domaine: l'édition, les dates de publication, les auteurs, la discipline ...", fait remarquer Seddik.
Le développement des nouvelles technologies de l'information a encore rendu la situation plus difficile. De nombreuses personnes préfèrent consulter un livre sur l'internet plutôt que l'acheter. "La seule issue face à une telle situation consiste à développer et à enseigner l'amour de la lecture chez les jeunes", ajoute Seddik.
Souad Balafrej, propriétaire de la librairie Kalila wa Dimna à Rabat, déplore le nombre toujours décroissant de lecteurs au Maroc et cite plusieurs causes, telles que le fort taux d'analphabétisme et la stagnation du secteur de la traduction.
Rappelant le caractère unique du commerce des livres, elle affirme que cette profession condense à la fois les aspects de commerce et de culture. Le premier oblige les libraires à ouvrir leurs magasins pour répondre à leurs obligations financières. Le second appelle à la versatilité intellectuelle, incite à guider les clients et, le plus important, à s'assurer de leur fidélité.