Magharebia
Édité sur Magharebia‎ (http://www.magharebia.com) ‎
http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/features/2006/01/18/feature-01

Interview avec Najat M'jid, présidente de l'ONG marocaine Bayti

18/01/2006

Le docteur Najat M'Jid est pédiatre et fondatrice de l'association marocaine Bayti. Elle a créé cette association pour venir en aide aux enfants de la rue dans son pays.

[File] M'Jid

Magharebia: Quels sont les principaux objectifs de Bayti ?

Najat M'Jid: L'association Bayti (Ma maison) a commencé il y a dix ans à travailler dans le domaine de la réintégration familiale des enfants de la rue, des enfants au travail, des enfants victimes de cruautés, des enfants abandonnés, de la délinquance juvénile et des enfants exploités sexuellement.

Magharebia: Comment votre travail de pédiatre vous a-t-il conduit à créer cette association ?

M'Jid: Tout d'abord, j'aime les enfants. De retour au Maroc après mes études en France, je marchais un jour dans les rues de Casablanca et vis un enfant qui semblait avoir passé plusieurs jours dans la rue. Je lui demandais ce qu'il y faisait, et fus choquée de l'entendre me répondre qu'il vivait dans la rue. Je ne pensais pas qu'il y eut de tels enfants au Maroc. Je sentis monter en moi une grande colère et réalisai que quelque chose devait être fait pour remédier à une telle situation.

Magharebia: Pourquoi Casablanca ?

M'Jid: Nous avons commencé à Casablanca parce que c'est là que l'on trouve le plus d'enfants dans la rue. Notre siège est à Casablanca, mais nous avons également des centres à Meknès et Essaouira.

Magharebia: Quelles sont les priorités de Bayti en matière d'enfants des rues ?

M'Jid: Notre priorité est de les réintégrer dans des familles, à l'école et au travail. L'association dispose d'un foyer et d'appartements pour ces enfants, et peut leur offrir de nombreuses activités et des ateliers.

Magharebia: Quelles sont les racines de ce phénomène des enfants des rues au Maroc ?

M'Jid: La cause principale, c'est la famille. La majorité de ces enfants est issue de familles pauvres et/ou à problèmes. Nous avons pris conscience du fait que le rôle de la famille en tant qu'institution protectrice est pratiquement inexistant, parce que la principale priorité, c'est la survie.

Magharebia: Qu'est ce qui pousse ces enfants dans la rue ?

M'Jid: La rue procure une grande liberté à ces jeunes. Les enfants qui ont été privés de tout se retrouvent dans la rue. Cela leur donne un fort sentiment de solidarité et d'appartenir à une famille.

Magharebia: Quels sont les dangers auxquels sont confrontés ces enfants ?

tous ces enfants deviennent dépendants de la drogue

M'Jid: Tout d'abord, tous ces enfants deviennent dépendants de la drogue. La violence est un autre danger qui pèse sur eux chaque jour. Il y a aussi le problème des maladies sexuellement transmissibles, de la tuberculose et des problèmes de peau. Mais il y a aussi des problèmes de comportement.

Magharebia: Comment Bayti répond-elle à ces problèmes ?

M'Jid: L'approche stratégique et la méthodologie adoptées pour mettre en oeuvre les activités de Bayti se divise en quatre étapes et une activité parralèle:

Première étape: un contact dans la rue et une analyse globale de la situation (étape clé pour l'ensemble du processus de réintégration).

Deuxième étape: la réhabilitation, la socialisation: apprentissage des talents, guidance, approche psycho-sociale, consultation d'un spécialiste.

Troisième étape: une véritable intégration sociale, mise en oeuvre des aptitudes des jeunes.

Quatrième étape: le suivi: consolidation de l'intégration et prévention de tout retour en arrière

Activité parralèle: Programme visant les familles par le biais des étapes1 à 4.