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Le maître de musique châabi Amar Ezzahi protège son jardin secret

29/12/2005

Pour les amoureux de la musique populaire algérienne, Amar Ezzahi est une légende vivante. En dépit de son statut de maître incontesté du genre, il reste loin des feux de la rampe en ne souhaitant pas se produire en public et en refusant de se rendre auprès des médias.

Par Nazim Fethi pour Magharebia à Alger – 29/12/05

[File] Ezzahi joue uniquement lors de réunions de familles.

L'Algérien Amar Ezzahi, écrivain brillant et interprète de châabi (musique populaire algérienne), dont le véritable nom est Amar Aït Zaï, est né en janvier 1941 à Tizi-Ouzou. Il s'est familiarisé avec ce genre de musique en 1963 après sa rencontre avec Sheik Lahlou et Mohammed Brahimi, connu comme Sheik Kebaili. Ils l'encouragèrent, lui firent parvenir d'anciens qacidate (poèmes), et l'initièrent au rythme de chanson de ces textes. Ezzahi put alors développer sa pratique musicale.

Le premier enregistrement d'Ezzahi date de 1968. Cet homme, modeste, réservé et tranquille, fréquentait régulièrement El Kawakib, un café dans la casbah d'Alger. Après avoir été l'un des artistes de châabi les plus brillants dans les années 1970, Ezzahi avait pratiquement disparu de la scène musicale après 1980, n'apparaissant que lors de fêtes familiales. Il était réapparu le 10 février 1987 lors d'un récital dans une grande salle algéroise, pour disparaître à nouveau.

Depuis 2000, Ezzahi n'est pas réapparu en public et est rarement retourné à El Kawabib, par suite de problèmes de santé. Le chanteur le plus populaire et le plus talentueux de sa génération est maintenant considéré comme une véritable énigme dans le monde de la musique. Totalement retiré du circuit des médias depuis plusieurs années, Ezzahi laisse ses nombreux admirateurs sur leur faim.

Cet homme généreux, intolérant face à la verbosité et aux excès, a fait du châabi sa raison de vivre. Bien qu'il refuse de se produire devant de larges publics, il trouve encore un plaisir immense lors de réunions familiales plus intimes, parce que "chanter devant un petit public d'amis est l'un des plus beaux sentiments au monde".

Amar Ezzahi a enregistré sa seule cassette en 1982, forçant ses admirateurs à fouiller dans les enregistrements personnels des réunions de famille dans les années 1970 ou à rechercher ses anciens enregistrements.

Le talent d'Ezzahi est l'improvisation

Le talent d'Ezzahi est l'improvisation, capable qu'il est de changer de style avec une facilité déconcertante. Ayant perdu ses deux parents, Ezzahi a longtemps vécu avec une tante. Elle est décédée il y a quelques années, laissant Ezzahi face à la solitude qu'il avait toujours recherchée.

En conséquence, Ezzahi a refusé les feux de la célébrité et s'est toujours décrit lui-même comme étant du côté des humbles. Il a organisé de nombreuses soirées pour des gens communs aux revenus modestes. Ses fans le suivent dans les fêtes de famille, et enregistrent sa musique, qu'ils copient et vendent à plusieurs milliers d'exemplaires.

Depuis la mort d'El Hadj Mohamed El Anka, connu comme "le Cardinal", Ezzahi a été largement considéré comme son successeur dans une lignée de grands maîtres du châabi, bien qu'il évite les médias et en dépit de la forte concurrence des disciples d'El Anka.