23/11/2005
Une présentation réalisée par l'Association d'études sur le Moyen Orient d'Amérique du Nord s'est intéressée à la prise de conscience de l'identité amazighe en Afrique du Nord, dont les auteurs affirment qu'elle s'est essentiellement produite dans la période récente.
![]() [File] Une statue en Kabylie rend hommage aux militants du mouvement amazighe |
Lors de la 39ème conférence de l'Association d'études sur le Moyen Orient d'Amérique du Nord, organisée à Washington DC, la question amazighe a été abordée par le professeur Michael J. Willis de l'Université d'Oxford, dans sa présentation intitulée "Un Printemps berbère au Maroc ?: les dimensions politiques de l'identité berbère (amazighe) au Maroc et en Algérie". Il est l'auteur du "Défi islamiste en Algérie" et travaille actuellement à un ouvrage intitulé "Les Politiques comparées au Maghreb".
Alors que la campagne actuelle des Amazighes en faveur de leur identité et de leur reconnaissance est souvent perçue comme le point d'orgue d'un combat de longue date, le professeur Willis estime que le phénomène a des racines plus récentes.
Il fait en particulier référence au "Printemps de Kabylie" de 1980 en Algérie, au cours duquel les manifestations amazighes avaient conduit à l'annulation d'une élection.
Le principal facteur de cette manifestation avait été la tentative algérienne de faire de l'arabe la seule et unique langue dans l'enseignement. L'une des raisons de ce regain d'intérêt des Amazighes pour leur identité propre trouve ses racines dans le "mythe berbère" français. Les Français estimaient que les Amazighes pouvaient être plus "européens" que le reste des Nord-Africains et que leur population se voyait offrir un accès plus large à l'enseignement en français, avec un apprentissage de leur identité propre.
Le mouvement amazighe au Maroc semble concerner plus les citadins éduqués et les expatriés
Le développement naturel de l'identité amazighe se transposa au Maroc, où le mouvement s'est vraisemblablement développé plus tardivement parce que la population amazighe est géographiquement plus disséminée qu'en Algérie. Un autre facteur est que les Amazighes avaient depuis bien longtemps infiltré l'armée et les partis royalistes. Le mouvement amazighe au Maroc semble concerner plus les citadins éduqués et les expatriés que le restant de la population. Les gens ont en effet tendance à voir la nation plus démocratique dans son ensemble, sans qu'un accent particulier ne soit mis sur les Amazighes. Les facteurs qui pourraient conduire les Amazighes marocains à s'affirmer davantage seraient qu'ils commencent à se considérer comme un segment pauvre de la société et que des idées plus radicales soient diffusées par le biais de l'internet.
Alors que le professeur Jonathan Wyrtzen de l'Université de Georgetown note la lente destruction des cultures maghrébines indigènes et leur dilution dans une grande culture arabe au cours du dernier millénaire, il estime que l'identité amazighe plonge ses racines dans la période 1930 à 1939.
Un célèbre historien français voyait le Maroc comme un endroit peuplé par des Arabes urbains et des Amazighes ruraux. Ses conclusions avaient conduit la France à publier les "Décrets berbères".
Le coeur de ces décrets était une quasi partition du Maroc en deux sphères, amazighe et arabe. Les Français répandirent l'idée que les Amazighes pouvaient être subversifs, tandis que de nombreux Marocains les considéraient comme les héros de luttes ancestrales.
Les nationalistes marocains furent découragés par le partage du pays, en particulier par l'idée que les Amazighes pouvaient ne pas prêter allégeance au sultan. Une prière du latif fut dite dans les mosquées de tout le pays en faveur de l'unité.
Alors que le déclenchement de la seconde Guerre mondiale allait mettre un terme à l'impulsion des mouvements nationalistes, la séparation entre les diverses identités mise au point par les Français pourrait bien avoir planté le décor de l'émergence de l'identité amazighe à laquelle nous assistons aujourd'hui.