15/09/2005
Karim Bennani, artiste connu pour ses peintures uniques et imaginatives, a parlé des motivations qui sous-tendent son style inhabituel, lors d'un entretien avec Magharebia.
![]() [File] Bennani ne se laisse pas contraindre par les couleurs et les formes habituelles des objets |
Magharebia: Karim Bennani, vous avez grandi à Fez, dans une famille très conservatrice. Pourquoi vous êtes-vous destiné à la peinture ?
Bennani: Mon intérêt pour cet art ne relève pas d'un choix que j'ai cultivé, comme on choisit sa carrière après ses études. C'est plus un talent, un don qui s'est manifesté dès ma plus tendre enfance. D'une certaine manière, c'est la peinture qui m'a choisi, non l'inverse !
Sur les bancs de l'école primaire, déjà, j'adorais faire le portrait de mes professeurs. Par la suite, lorsque j'ai pris conscience que cet art était pour moi une véritable passion, j'ai travaillé à améliorer mon style pour entrer à l'Académie des arts de Fez. La grande majorité des étudiants étaient originaires d'Europe, en particulier de France. Une fois entré à l'Académie, j'ai connu un autre étudiant marocain, le peintre Jilali Gharbaoui. J'y ai remporté le troisième prix lors d'un concours. Après Fez, je suis parti pour Paris, où je suis entré à l'École des Beaux Arts. C'est là que ma carrière a débuté.
Magharebia: Les travaux de certains artistes sont inspirés par leur famille, leur environnement et leurs origines. Or, vos peintures à vous sont uniques, en ce que les couleurs et les formes ne se rapportent à aucun de ces aspects. Comment avez-vous choisi ce style ? Que recherchez-vous lorsque vous peignez ?
Bennani: Personnellement, lorsque je peins, je ne fais qu'écouter et suivre mon instinct. J'écoute également ce que me dicte mon coeur, car la peinture fait partie intégrante du coeur, du corps et de l'âme. A part mon grand amour pour la peinture, aucune autre raison particulière ne m'incite à faire vivre mon art. Je ne cherche rien lorsque je crée mes peintures. Comme Pablo Picasso, je ne cherche pas, je trouve.
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Une idée peut jaillir à partir d'une simple tâche sur une nappe, que je souhaite alors travailler pour en faire sortir un tableau. Puis l'idée devient plus forte et je vois mes mains suivre les formes et tracer leur chemin dans mon esprit.
Magharebia: Les femmes sont de plus en plus présentes dans tous les domaines. Toutefois, en matière de peinture, seules quelques-unes parviennent à la célébrité. Selon vous, quelle en est la raison ?
Bennani: Je ne peux le dire. Peut-être les femmes en général préfèrent-elles choisir une autre forme d'expression artistique. Ceci étant, nous avons au Maroc Chaibia Talal, Dieu la protège, qui peint depuis 35 ans. Ses peintures ont soulevé intérêt et admiration aux quatre coins de la Terre.
Magharebia: Quelles sont vos ambitions et quels projets aimeriez-vous suivre à l'avenir ?
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Bennani: D'une manière générale, mes ambitions futures peuvent se résumer par mon souhait de continuer à produire quelque chose de nouveau, à apporter une contribution effective à la sauvegarde de l'identité culturelle marocaine et à ne pas permettre au néant et à l'ignorance de remplacer les vraies valeurs. Je me prépare actuellement pour une nouvelle exposition qui sera organisée à la galerie Bab Rouah, au cours des prochains mois. J'aimerais inviter tout le monde à la visiter et à essayer de comprendre ma peinture. Les couleurs et les formes ne sont pas les seules choses qui définissent une image, d'autres dimensions doivent aussi être prises en compte. Mes peintures sont aussi un genre d'écrit.
Magharebia: Comment encouragez-vous les jeunes à développer leurs talents pour l'art ?
Bennani: J'aide mes étudiants et je suis toujours disponible pour eux, afin qu'ils puissent donner le meilleur d'eux-mêmes. Nous discutons ensemble des couleurs, ainsi que des formes, et je les aide à mieux comprendre leur talent et ce qu'ils veulent exprimer par leur peinture. Je suis fier de voir que certains de ces étudiants ont réussi à se faire un nom et de voir leurs oeuvres exposées au Maroc et ailleurs.