07/04/2005
Au cours des dix dernières années, la Tunisie s'est taillée une solide réputation d'excellence dans le monde du handball, apparaissant toujours plus forte au fil des différents tournois internationaux auxquels elle a participé. Ce sport connaît un tel engouement dans le pays que le journaliste sportif Sami Akrtmi le qualifie désormais de "second sport national de notre pays", qualificatif encore renforcé par le fait que la Tunisie ait accueilli le 19ème Mondial de handball, du 23 janvier au 6 février.
(2005 Tunisia World Handball Championship Official Site; Le Quotidien – 08/02/05; AFP – 09/02/05)
![]() [File] L'équipe nationale tunisienne |
Lors d'un entretien avec le secrétaire général de la Fédération internationale de handball (FIH), M. Raymond Hahn, à l'occasion de la Coupe africaine des nations de football, celui-ci a déclaré que le choix de la Tunisie comme pays hôte de cette compétition avait été motivé par le souhait de souligner le caractère universel de ce sport et de montrer que les nations dites mineures sont parfaitement capables d'organiser des manifestations d'une telle ampleur.
Raymond Hahn a été très favorablement impressionné par l'organisation tunisienne, en particulier par une campagne de marketing mettant en parallèle sport et tourisme. La Tunisie avait par ailleurs construit huit stades pour les compétitions, là où six suffisaient. Les autres points forts de cette organisation ont été l'infrastructure hôtelière existante et la proximité de l'Europe, ce qui, selon M. Hahn, en faisait un choix très favorable pour les Européens.
Le choix de la Tunisie comme pays organisateur était également lié à son statut de puissance émergente dans cette discipline. Comme l'a montré ce dernier mondial, la Tunisie est désormais une force avec laquelle il faudra compter.
Lors de ce dernier championnat du monde regroupant 24 équipes, la Tunisie est arrivée en tête du groupe A lors des phases préliminaires, ce qui lui a permis de se hisser en quart de finale. Lors des tours antérieurs, les Tunisiens avaient battu l'Angola, le Canada et le Danemark, et obtenu l'égalité face à la Slovénie, à la Grèce et à la France.
Lors du match de quart de finale qui avait opposé la Tunisie à la Russie, le palais des sports de Rades, près de Tunis, avait rassemblé quelque 12 000 spectateurs venus pour assister à la victoire des Nord-Africains. Mais la solide défense et les attaques très précises de l'équipe espagnole, qui a battu la Croatie en finale, ont finalement eu raison de la Tunisie, qui s'est inclinée 33 à 30 en demi finale.
Le pays a pris la quatrième place après avoir été battu d'un cheveu par la France, 26 à 25, lors de la petite finale. Le joueur français Didier Dinart a été impressionné par les progrès de l'équipe tunisienne et a fait état des difficultés rencontrées par son équipe pour s'imposer. Jusqu'à présent, la Tunisie n'avait réussi qu'à se hisser à la dixième place dans les précédentes compétitions internationales, lors des championnats du monde de 2001.
Ce mondial a fait apparaître une nouvelle star du handball en Tunisie, en la personne de Wissem Hmam, en tête de tous les buteurs, avec 81 réalisations. Les efforts déployés par ce joueur de l'Espérance, âgé de 23 ans, qualifié de "monstre" par Dinart, lui ont valu d'être nommé meilleur attaquant et d'obtenir son visa d'entrée dans le club très fermé des stars du mondial.
![]() [AFP] Hmam |
Dans une interview au "Quotidien", Hmam s'est déclaré surpris d'avoir réalisé une telle performance face aux meilleurs joueurs du monde. Il pense que son jeu a démontré les progrès enregistrés par la Tunisie dans ce sport – remerciant au passage ses coéquipiers et entraîneurs, ainsi que les nombreux supporters qui l'ont aidé à briller lors de la compétition.
Hmam a déclaré que le succès de son équipe était, pour lui, beaucoup plus important que les performances individuelles. Il a le sentiment que la Tunisie aurait pu faire encore mieux et ne pas se contenter de la quatrième place.
Outre le fait de jouer pour la Tunisie, Hmam est maintenant conscient qu'un engagement dans les championnats de haut niveau en Europe lui permettrait d'améliorer ses performances de joueur. Au vu de ses performances lors du championnat du monde, plusieurs clubs professionnels d'Espagne, de France et d'Allemagne lui ont d'ores et déjà fait des propositions.
Face à cet afflux de propositions, Hmam a décidé de rejoindre ses compatriotes tunisiens Anouar Ayed, Sahbi Ben Aziza, Heykel M'Gannem, et Issam Tej qui évoluent dans des clubs français. Bien que le président du club de l'Espérance, Mohamed Sabbagh, considère qu'une telle décision sera bénéfique pour Hmam, il a inscrit son équipe au tournoi amical de Paris-Bercy en mars, espérant convaincre le joueur de rester dans son club tunisien. Hmam a permis à la Tunisie de terminer deuxième de ce tournoi.
La Tunisie espère capitaliser sur le l'élan donné par l'organisation du Mondial de handball et par ses excellentes performances pour progresser encore. Lors d'un symposium national qui s'est tenu fin mars, le ministre de la Jeunesse, des Sports et de l'Education physique, Abdallah Kaabi, a fait part de l'urgence qu'il y a à analyser la situation du pays dans ce sport et à rechercher les moyens de renforcer sa promotion. Pour que la Tunisie puisse engranger de meilleurs résultats lors des compétitions internationales, il a déclaré qu'une stratégie nationale de soutien était nécessaire.
La Tunisie est symbole d'espoir pour l'avenir de ce sport en Afrique, au moins aux yeux de M. Hahn, qui se félicite de la plus grande participation de nations africaines lors des rencontres internationales de handball, bien qu'il soit intéressé par une amélioration de la qualité de jeu de l'ensemble du continent. Pour cette raison, la FIH assure une formation aux entraîneurs africains, aux présidents et aux secrétaires généraux des différentes fédérations. L'objectif est de transformer les meilleures volontés handballistiques en Afrique en enseignants compétents dans cette discipline.
Grâce à ses récents succès et à son engagement dans le monde du handball, la Tunisie pourrait bien s'avérer un modèle dont les autres nations africaines pourraient s'inspirer.