23/02/2005
L’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Est cumulent à elles seules plus de 60 pour cent des meilleurs temps jamais enregistrés lors des courses de fond en athlétisme. De nombreux analystes du sport attribuent ce succès au fait que les athlètes s’y entraînent plus durement que dans d’autres parties du monde.
(National Post – 03/08/01; run-down.com; oztrack.com; hwwilson.com)
![]() [Getty Images] Les coureurs marocains dominent souvent les compétitions |
Parmi les nations du Maghreb, le Maroc est celui qui a connu le plus de succès dans la production de coureurs de fond et de demi-fond de haut niveau, car il met plus l’accent sur la poursuite que ses voisins.
C’est dans les années 1970 que les responsables prirent conscience du fait que les nations plus riches étaient en avance sur les pays plus pauvres en matière de performances athlétiques. Les courses de fond et de demi-fond nécessitant moins d’infrastructures et engageant des coûts moindres, le Maroc décida de se focaliser sur telles épreuves et d’en faire un objectif majeur.
C’est ainsi que la Fédération nationale d’athlétisme marocaine développa un programme complet, très organisé et très en avance du point de vue scientifique. Les trois composantes complémentaires de ce programme sont la détection des talents, la direction technique des jeunes athlètes et la direction technique nationale.
Aziz Daouda, directeur technique de la fédération nationale, affirme que le programme de détection de jeunes talents de l’athlétisme est extrêmement rigoureux.
« Ce succès est dû à un processus de sélection délibérée », indique-t-il. Des caravanes parcourent au moins 60 pour cent du pays à la recherche de jeunes filles et de jeunes garçons âgés de 12 à 16 ans. Le temps de réaction, l’endurance et la force de détente des jeunes sont déterminés après les avoir soumis à un sprint court, à une course de demi-fond et à un saut en longueur. Trois examens médicaux utilisant les équipements embarqués dans ces caravanes sont alors utilisés pour la deuxième phase de la sélection.
Une fois les meilleurs jeunes athlètes sélectionnés, ils passent par les « unités locales de préparation », parrainées par la fédération, le gouvernement et l’industrie des phosphates. Les entraîneurs s’occupent ici des athlètes prometteurs, et les suivent durant tout le premier stade de préparation.
Les résultats des tests, les paramètres biométriques, des tests physiques et d’autres variables permettent de sélectionner les quelque 60 jeunes âgés de 16 à 19 ans qui passent alors aux « unités locales de perfectionnement », deuxième stade de la préparation.
L’Institut national d’athlétisme d’Ifrane individualise l’entraînement, analyse scientifiquement les styles de course et surveille le régime alimentaire des jeunes pour le rendre le plus efficace possible. Daouda affirme que beaucoup de temps et d’argent sont dépensés à mettre au point le bon système d’entraînement, parce que le Maroc a besoin de compenser le talent des coureurs de fond du Kenya, pays dans lequel les courses sur longues distances sont une véritable tradition.
Les coureurs qui parviennent au niveau professionnel reçoivent un logement, un régime alimentaire spécifique, un salaire et bénéficient de facilités d’entraînement avec des athlètes nationaux et internationaux de renom, à l’Institut national d’athlétisme. Le gouvernement et le Roi Mohammed VI lui-même fournissent de l’argent pour ces installations.
Les succès enregistrés par ce programme d’entraînement encouragent indubitablement d’autres jeunes à viser les mêmes objectifs.
![]() [Getty Images] Aouita |
La photo de Said Aouita, première superstar marocaine de fond et demi-fond, est affichée dans de nombreux magasins et lieux publics du pays. Ce coureur a fortement inspiré Hicham El Guerrouj, dont les deux médailles d’or olympiques et un grand nombre de records du monde le font considérer par beaucoup d’athlètes comme le plus grand coureur de demi-fond actuel.
El Guerrouj a commencé à courir à l’âge de 16 ans, en 1990, a été sélectionné par l’Institut national d’athlétisme en 1991 et a fait ses débuts internationaux en 1992. Le cross-country fut une composante essentielle de sa formation précoce, comme ce fut le cas pour Aouita et pour la plupart des jeunes coureurs marocains.
![]() [AFP] El Guerrouj |
El Guerrouj est connu pour sa discipline, son dévouement, sa forte volonté, son ambition, son grand professionnalisme et l’importance qu’il attache à l’entraînement. Chez lui, grande qualité l’emporte sur quantité non ordonnée. Les cycles de préparation de deux années d’El Guerrouj consistent en un mélange d’endurance, de travail de force, de puissance et de préparation physique.
Lorsque El Guerrouj remporta finalement une médaille d’or lors des Jeux d’Athènes en 2004, après les déceptions de 1996 et 2000, il dédia sa victoire au Roi Mohammed VI. Le souverain lui rendit la faveur quelques semaines plus tard en lui remettant le Cordon de Commandeur, l’une des plus hautes distinctions du Maroc.
Cet honneur est considéré par El Guerrouj comme tout aussi significatif que les deux médailles d’or qu’il finit par remporter à Athènes. Le coureur, devenu lui-même source d’inspiration pour les jeunes, tout comme son idole Aouita, déclare : « Je suis heureux si je peux amener les jeunes au sport, en particulier à la course. »