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Portrait d'un chanteur : Cheb Mami, le Prince du Rai

18/02/2005

« Le Rai, c’est mon oxygène », affirme Cheb Mami, cet artiste algérien qui emmène ce genre musical vers de nouveaux sommets.

(CNN World Beat Spotlight – 10/01/2000; chebmami.net ; Yahoo France Actualités : Biographie : Cheb Mami)

[File] Mami a des origines humbles

Habitué aux premières places des Top 50 en Europe et en Afrique du Nord, le « Prince du Rai » mélange rai traditionnel et musique latino, hip-hop et techno. Pour lui, le rai est plus une forme de combat qu’un type de musique.

La violence politique qui a frappé l’Algérie dans les années 1990 a fortement influencé les penchants artistiques de Mami.

« En tant qu’Algérien, déclarait-il à CNN en 2000, j’avais été extrêmement choqué de voir mon pays plongé dans l’horreur. Mais en tant que chanteur, c’était un combat. Chaque fois que je donnais un concert et que je voyais les jeunes brandir le drapeau algérien – c’était comme un acte de résistance … L’Algérie luttait contre sa peine et son malheur – contre ceux qui voulaient la tuer. La lutte passait par le rai. »

Mohamed Khelifati, connu sous le nom de Cheb Mami, est né le 11 juillet 1966 à Graba-el-Oued, un district pauvre de Saida, dans l’ouest de l’Algérie. Son père, ouvrier dans une usine de papier, était un homme autoritaire, dont le faible salaire suffisait à peine à nourrir ses neuf enfants. La situation familiale obligea le jeune Mami à accepter des petits boulots pour subvenir aux besoins de tous.

Le penchant de Mami pour la chanson se fit jour dès son plus jeune âge. Il raconte qu’il adorait chantonner des « chants bizarres » pendant qu’il faisait ses devoirs, et, en grandissant, finit par chanter lors des mariages et dans des boîtes de nuit.

A 16 ans, Mami étonna les spectateurs d’un concours télévisé de jeunes talents appelé « Alhan wa shabab » en chantant un chant traditionnel oranais des années 1920 avec un accent et une tonalité andalous impeccables – du rai. Au grand mécontentement du public, il n’obtint pas le premier prix parce que le gouvernement considérait à cette époque le rai comme un genre musical vulgaire et subversif. Le rai en tant que tel qui émergea chez les pauvres et les déshérités a probablement contribué à sa fascination pour ce type de musique.

« Ce furent les chanteuses marginalisées, souvent les veuves, les femmes divorcées, les déshéritées, les pauvres et les déracinées qui inventèrent le rai », affirme Mami sur son site internet. « Elles créèrent le rai dans la douleur et le malheur, en utilisant des flûtes archaïques et rudimentaires pour improviser cette musique envoûtante, que les hommes allaient adopter par la suite. »

Entre 1982 et 1985, Mami vendit des centaines de milliers d’exemplaires des nombreuses cassettes qu’il avait enregistrées – en dépit du fait que le rai était encore officiellement interdit par le gouvernement algérien et la radio d’Etat.

Lorsque les autorités levèrent l’interdiction en 1985, Mami fit ses débuts en même temps que Cheb Khaled lors du premier festival de rai d’Oran.

ce fut un peu difficile parce que les autorités affirmaient que le rai était vulgaire

« Au début, ce fut un peu difficile parce que les autorités affirmaient que le rai était vulgaire parce que nous utilisions des mots simples – les mots de la rue. Ce n’était ni de la poésie, ni le tableau d’une vie belle. Nous chantions notre vie de tous les jours », déclara-t-il à CNN. « Aujourd’hui, le rai est bien accepté. Il est même devenu très populaire, parce que les autorités se sont aperçues que cette musique dépassait les frontières du monde arabe. Elles affirment maintenant qu’il fait partie de notre culture – le contraire de ce qu’elles proclamaient haut et fort auparavant. »

Un concert organisé en 1986 avec Khaled au festival de Bobigny, en France, permit à Mami de se faire connaître et de se produire lors d’un concert mémorable à l’Olympia, à Paris, une Première pour un chanteur de rai. Peu après ce concert, il enregistra son premier album « Douni el Bladi ». Après deux ans de service militaire obligatoire en Algérie, il revint à Paris pour y reprendre sa carrière. « Let Me Rai », produit aux Etats-Unis, sortit en 1990.

Mami consolida sa renommée en France, son pays d’adoption, avec « Saida » (1995), « Laisse-moi pleurer » (1998) et « Meli Meli » (1999, EMI), disque de platine en France. Il devint une star internationale lorsqu’il collabora avec Sting sur la chanson « Rose du désert » (Brand New Day, 1999).

[File] Avec Samira Said en 2002

Sting déclara à CNN : « Vous savez, c’est l’une des plus grandes stars en France. C’est facile de le découvrir, il est partout. Il n’est pas très connu en Amérique, et il devrait l’être. C’est un chanteur extraordinaire, plein de talent ».

En 2002, il chanta en duo avec Samira Said « Yom Wara Yom », qui lui permit de se faire connaître des fans de musique populaire arabe dans tout le monde arabe. Son dernier album, « Dellali » (2001), est un album de rai mélodique, avec des accents de hip hop, de reggae, et de raga muffin. Il porte la signature du Prince du Rai qui, au fil des années, a développé son propre style de musique original.

« Je connais très bien le rai, mais si je n’acceptais pas de le mélanger à d’autres styles de musique, je me retrouverais seul dans mon coin », ajoutait-il dans son entretien avec CNN. « Je préfère rester ouvert à d’autres styles musicaux. »