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La culture andalouse reste très ancrée au Maghreb

03/02/2005

Alors que Al Andalus ne représente plus désormais qu’une gloire passée pour de nombreux Arabes du Moyen Orient, les gens du Maghreb continuent, eux, de faire revivre de nombreux aspects de la culture andalouse. Ils ont hérité cette culture des Andalous qui s’étaient installés en Afrique du Nord après avoir été expulsés de ce qui est maintenant le sud de l’Espagne.

("Andalusian Music," "Interview with Dwight Reynolds," Afropop.org – 2001-2003; "Alhambra," Greatbuildings.com; "Tunisia's Andalusian Heritage," Contemporary Review – 01/07/00)

[File] Alhambra, Grenade

Dans la mémoire collective arabe, Al Andalus reste un lieu et une époque où les Musulmans, les Juifs et les Chrétiens vivaient dans un monde de tolérance et de paix. Pendant environ 800 ans, entre les VIIIème et XVème siècles, Al Andalus fut l’un des centres majeurs de la pensée et de la création du monde occidental.

Des villes telles que Cordoue, Grenade, Séville et Tolède – bien que politiquement divisées pendant la plus grande partie de leur histoire – ont apporté des contributions importantes à l’art, à l’architecture, à la science, à la philosophie, à la littérature et à la musique. Elles donnèrent naissance à des personnages clés tels que le grand philosophe Ibn Rushd (1126-1198) et Moses Maimonides (1134-1204), un philosophe juif très influent, qui devint par la suite le physicien de Saladin.

[File] L’intérieur de la mosquée de Cordoue

Au VIIIème siècle, des armées arabes et berbères conduites par Tariq Bin Ziyad conquirent la majeure partie de la péninsule ibérique et, pour la première fois de son histoire, l’unifièrent, sous la loi islamique. Al Andalus, comme fut appelé ce territoire, était administré par un gouvernement provincial qui siégeait à Cordoue, qui devint rapidement le plus important centre de formation en Occident. On dit que le Pape Sylvestre II (950-1003) aurait étudié les mathématiques, les sciences et la mécanique à Cordoue et à Séville. C’est lui qui aurait introduit les chiffres arabes, le système décimal et les connaissances arabes en astronomie en Europe.

Les armées chrétiennes d’Aragon et de Castille battirent les Almohades, une dynastie nord-africaine qui avait régné sur la plus grande partie d’Al Andalus, en 1212. Ces armées soumirent la plupart d’Al Andalus, à l’exception de Grenade, contrôlée par Nasrid, et le réduisirent en principautés qui payèrent un tribut aux royaumes chrétiens du Nord. L’Alhambra, un superbe palais conçu comme une matérialisation physique du paradis islamique, fut le dernier grand monument islamique à être construit avant que les armées chrétiennes n’entament l’expulsion des Musulmans et des Juifs. La loi islamique prit fin dans la péninsule après huit siècles lors de la chute de Grenade, en 1492, l’année où Christophe Colomb découvrit l’Amérique.

L’héritage arabe n’était pas commun à tous les Andalous. La majorité d’entre eux étaient soit des Berbères d’Afrique du Nord, soit des Ibères convertis à l’Islam, soit encore des Juifs qui avaient vécu en harmonie avec les Musulmans et les Chrétiens. Les non-Chrétiens commencèrent à quitter l’Andalousie dès le XIème siècle, lors de la prise de Tolède par Alphonse VI, roi de Castille. Le dernier groupe à partir fut les Morisques, qui s’étaient, en principe, convertis au christianisme pour éviter d’être expulsés. Selon les historiens, ils furent finalement expulsés pour ne pas s’être assimilés assez rapidement.

Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie furent les destinations naturelles de ces exilés.

Fez, au Maroc, devint la patrie des réfugiés musulmans et juifs de Tolède, de Cordoue (qui tomba au XIIème siècle) et de Séville (qui fut prise au XIIIème siècle). Un quartier de Fez est aujourd’hui connu sous le nom de Quartier andalou. Tétouan fut entièrement rebâtie et repeuplée par les réfugiés de Grenade.

De nombreuses communautés marocaines s’identifient encore comme andalouses. Des villes telles que Diaz, Torres, Médine, Molina, Borras et Banzi résonnent encore d’un tel héritage.

Dans l’Algérie voisine, Tlemcen accueillit les Juifs expulsés. Les Morisques s’installèrent à Oran. En Tunisie, certains se reconvertirent à l'Islam mais continuèrent de parler et de lire l’espagnol pendant plusieurs siècles.

[File] Musiciens maure et chrétien des Cantigas de Santa Maria (XIIIème siècle)

L’impact andalou sur la culture nord-africaine a été profond et durable. Les orchestres de Fez, Tanger et Tétouan utilisent encore des instruments et de la musique andalouse qui remonte au IXème siècle. Au Maroc, la musique andalouse est encore appelée ala et a depuis longtemps été encouragée et favorisée par les autorités officielles.

La migration andalouse créa une renaissance de toutes les formes d’art et d’architecture tunisiens. Les mosquées, les palais et les maisons furent décorés de tuiles colorées rappelant celles des maisons de Cordoue et de Grenade. Testour, à 50 miles à l'ouest de Tunis sur les bords de la Medjerda, dans la ''campagne andalouse'' du pays, est une réplique presque fidèle d’une ancienne ville andalouse, avec ses maisons à tuiles, ses noms de rues et ses mosquées à deux cours. Des enfants blonds et aux yeux bleus, descendants indubitablement de Musulmans ibériques, peuvent parfois être aperçus jouant dans les rues.

La musique andalouse a également survécu en Tunisie, où elle est appelée malouf. La Rashidiya, un conservatoire de musique arabe fondé en 1934, continue de préserver et d’enseigner la musique andalouse sous sa forme originale.

Il a été plus difficile pour la musique andalouse de s’enraciner en Algérie, où les autorités d’occupation françaises et, par la suite, les fondamentalistes religieux tentèrent de museler ce style de musique. Il a heureusement survécu comme musique “underground” dans des villes comme Tlemcen et Oran, incitant nombre de jeunes musiciens à en moderniser la forme pour lui donner un nouvel élan. A Oran, cela donna naissance au rai, l’un des genres musicaux les plus populaires en Afrique du Nord.

Le temps n’a pu éroder les liens émotionnels existant entre les Andalous et leur ancienne patrie, mais l’expulsion des Andalous permit à leur culture de se répandre à travers tout le Maghreb. Par leur apport, ils continuent de faire vivre et d’enrichir les nations du Maghreb et, plus largement, de la communauté mondiale.