25/04/2006
Dans un entretien avec Magharebia, l'universitaire d'origine amazighe Ahmed Assid a discuté des chances de voir se réaliser la demande que la langue amazighe soit reconnue comme langue officielle dans la constitution marocaine.
Par Lahcen Moqnia pour Magharebia à Casablanca -- 25/04/06
![]() [File] Assid confirme que les Amazighes souhaitent la reconnaissance de leur langue et la démocratisation des autorités locales et des pouvoirs conférés à ces autorités. |
Le Maroc envisage des changements constitutionnels, alors que le roi a accueilli favorablement les recommandations de la Commission justice et équité. L'une des réformes envisagées est la demande amazighe pour une reconnaissance de cette langue comme langue officielle dans la constitution marocaine. L'universitaire amazighe Ahmed Assid, membre de l'Institut royal pour la culture amazighe, a discuté de cette question lors d'un entretien avec Magharebia.
Magharebia: Quelles sont les chances de voir aboutir la demande amazighe d'une reconnaissance de cette langue comme langue officielle dans la constitution marocaine ?
Ahmed Assid: Je suis optimiste. Pour le moment, il existe un consensus parmi les dirigeants politiques du Maroc sur la nécessité de définir clairement les dimensions de l'identité marocaine, y compris la dimension amazighe, dans le préambule de la constitution, reconnaissant ainsi le droit de la langue amazighe à être une langue nationale.
Cela constitue une évolution importante par rapport aux années 1990, lorsque la seule mention de la langue amazighe était inacceptable. Mais cela ne répondra pas en intégralité aux demandes du mouvement amazighe. Ce que nous attendons des réformes constitutionnelles auxquelles on peut s'attendre concerne non seulement la question de la reconnaissance de la langue amazighe, mais aussi la démocratisation des autorités locales et des pouvoirs qui sont accordés à ces autorités, ce qui permettra d'aider à mieux définir le statut amazighe.
Magharebia: Quatre ans après la création de l'Institut royal pour la culture amazighe à l'initiative du roi Mohammad VI, comme jugeriez-vous son action ?
Assid: La première mission de l'Institut fut de faire sortir le combat amazighe de la rue et de le faire passer au niveau de l"establishment". Pour la première fois dans notre histoire, nous disposons d'un organisme officiel qui rassemble des experts de grand renom de la question amazighe, et qui leur permet de travailler ensemble à l'élaboration de stratégies complètes.
Cet institut a ensuite permis d'introduire des programmes en langue amazighe dans le système éducatif, au motif que l'enseignement de la langue amazighe devrait être mis à la disposition de chaque Marocain au titre de langue nationale. Un travail est également fait pour normaliser progressivement la langue amazighe dans les établissements scolaires, en encourageant l'écriture de l'amazighe selon le "Tifinagh" original et en introduisant l'enseignement de cette langue dans toutes les écoles.
L'institut a également édité un livre de textes en amazighe en utilisant les dernières méthodes d'enseignement, avec un nouveau contenu basé sur les valeurs humaines universelles et une stratégie universelle visant à introduire l'amazighe dans les médias audiovisuels. Il a également réussi à obtenir que 30 pour cent des programmes télévisés sur les chaînes nationales soit diffusés en amazighe.
Magharebia: L'association Azetta propose une initiative visant à mettre en place une instance alternative à l'Institut royal, qu'elle critique pour son manque d'indépendance. Quelle est votre opinion sur cette initiative ?
Assid: Azetta n'a proposé aucun compte rendu écrit de son évaluation du travail de l'institut. Concernant l'indépendance, je pense que la présence de l'institut aux côtés du roi lui confère une plus grande indépendance en pratique, ce qui ne serait pas le cas s'il relevait du gouvernement, comme le prétend l'association Azetta.
Le travail du gouvernement est lié aux directives des partis politiques et les grands partis marocains sont connus pour leur hostilité envers les Amazighes. C'est un fait bien connu au Maroc que les sujets de controverse concernant les femmes, par exemple, ou les Amazighes, ne peuvent être réglés qu'en faisant référence au jugement de cette institution royale et aux pouvoirs qui lui sont conférés par la constitution. Nous souhaitons utiliser ces pouvoirs pour renforcer la démocratie et les droits de l'Homme dans notre pays.